Divertir pour dominer

Publié le par Alda

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par Jean-Sébastien MORA / jesamora@gmail.com



De l’urgence de mener une critique intransigeante

du mode de vie capitaliste



«Le postmodernisme va devenir par excel-lence le règne de l’imaginaire populaire dévoyé par la marchandisation de la culture, sur fond d’une inégalité exponentielle.» Perry Anderson, avril 2010.
C'est un phénomène inédit. Dans la vieil-le Europe, la jeunesse actuelle est la plus formée et la plus éduquée, de part les études universitaires poussées et de l'ouverture vers l'extérieur.
Stage, contrats précaires et emplois sous-payés : elle n'en demeure pas moins la génération qui historiquement est la plus exploitée, la plus individualiste et la moins subversive.
Selon la pensée critique, le XXe siècle a vu disparaître la logique de lutte classe, au profit de la culture des masses, c'est à dire un ensemble d'œuvres, d'objets et d'attitudes, connus et fabriqués selon les lois de l'industrie et imposés aux hommes comme n'importe quelle autre marchandise.
Divertir pour dominer (Dpd), le dernier ouvrage publié par le collectif libertaire Offensive, défend aussi cette thèse. Mais attention, le livre de 300 pages n'a rien à voir avec le rendu célèbre L'insurrection qui vient. Dpd réunit un lot de très bons articles de la pensée critique, avec des contributions nouvelles et une série d'entretiens qui valent le détour. Divertir pour dominer tend à montrer notamment que la télévision et la spectacularisation du monde, la domestication quotidienne de la publicité, l'idéologie sportive et le management touristique participent à la fabrication du consentement de la population.

Massification totalitaire
L'idée n'est pas nouvelle, les penseurs critiques ont montré depuis longtemps qu'en coupant les travailleurs de leur base rurale et domestique, le capitalisme industriel a obtenu leur soumission.
Selon Peter Reichel ou Hannah Arendt les nazis avaient aussi bien compris l’importance de la culture de masse. Très documenté, Dpd ne prétend pas réinventer le concept de divertissement marchand. A contrario, il s'inscrit en continuité de la pensée critique du XXe siècle : Theodor Adorno et Max Horkheimer, l'Internationale situationniste, ou plus récemment Michel Foucault, Gilles Deleuze et bien-entendu Guy Debord ou Pierre Bourdieu. Si la «société du spectacle» ne date pas d'hier, l'intérêt de Divertir pour dominer c'est la mise en perspective des mécanismes de massification actuels, qui selon les auteurs, ont pris de telles proportions qu'ils «menacent les racines anthropologiques d’une civilisation». Et les éléments d'analyse ne manquent pas : Internet, l'idéologie pavillonnaire, les séries américaines, la mode, la technologie et son IPhone, ou tout simplement l'uniformisation accrue des comportements. Écrit par Monika Karbowska, Comment la publicité  a mondialisé la Polo-gne ? démontre par exemple comment en 1990, alors que la population polonaise s'apprêtait à reprendre son avenir en main, celle-ci est aujourd'hui totalement soumise au dictat de la société de consommation. En Pologne comme ailleurs, le capitalisme représente un «fait social total» à lui seul : alors que s’accroit la quantités de biens, l'impuissance des individus est grandissante.
«Il devient urgent de mener une critique intransigeante du mode de vie capitaliste afin de comprendre comment la civilisation du loisir participe de la domestication des peuples» expliquent en préambule les auteurs. D'autant plus que les semaines à venir la coupe du monde de football incarnera la culture des masses survalorisée et triomphante, associée à un processus implicite de domestication des peuples. En effet, les plans d'austérité, la précarité grandissante et la réforme des retraites disparaîtra dans l'ombre de l'évènement de baballe planétaire.

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