La taxe sinon rien

Publié le par Alda

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“Subventionner les renouvelables,

plutôt que taxer les fossiles?”


Suite de l’analyse sur la taxe sur les carburants de J.-M. Jancovici, expert dans le domaine des émissions de Gaz à Effet de Serre.


Le prix de production des énergies fossiles, aujourd'hui, est considérablement plus bas que celui des énergies renouvelables. Prenons l'exemple du pétrole, qui représente environ 40% de l'approvisionnement énergétique du monde en ce début de 21è siècle : en Arabie Saoudite, il en coûte quelques dollars pour extraire un baril de pétrole, c'est à dire 3 centimes d'euros le litre, ou 0,3 centime d'euros le kWh ! (il y a environ 10 kWh dans un litre de pétrole). C'est moins cher qu'un litre d'eau minérale, et nettement moins cher que le litre du moindre biocarburant, si nous ne parlons que de prix à la production, bien sûr, car après il faut transporter, raffiner, et payer des redevances aux pays producteurs ainsi que les taxes dans les pays consommateurs. C'est aussi quasiment 20 à 30 fois moins cher que le kWh éolien, qui aujourd'hui vaut de 5 à 8 centimes d'euros à la production.
Pour diminuer le différentiel de prix de marché entre ces combustibles fossiles si peu chers à la production aujourd'hui, mais dont l'usage est lourd de coûts futurs, et les énergies renouvelables qui sont souvent plus chères à la production, ou qui nécessitent plus d'investissements, il y a deux solutions :
 * subventionner les énergies renouvelables, pour encourager leur consommation, dans les limites de leurs possibilités physiques bien sûr, car à court terme ces dernières sont nettement moins importantes que celles des énergies fossiles,
* taxer les énergies fossiles, pour décourager leur consommation, ce qui rend au passage les économies d'énergie, les énergies renouvelables de plus en plus compétitives.
Il est assez fréquent que l'on entende que la bonne solution est la première, tellement nous considérons que la taxe est une confiscation, et tellement nous avons envie de croire qu'il est possible d'augmenter les subventions sans augmenter les impôts et sans toucher aux autres budgets. Evidemment, c'est se leurrer un peu !
* la subvention vide un peu plus les caisses de l'Etat, et donc augmente potentiellement le déficit, alors que la taxe les remplit,
* la taxe ne nécessite de regarder les dossiers que pour les demandes d'exemption, alors que les subventions nécessitent de regarder les dossiers de manière systématique avant paiement (c'est donc beaucoup plus lourd pour des sommes en circulation équivalentes) ; en d'autres termes avec la taxe la discussion sur dossier est l'exception, alors qu'avec la subvention c'est la règle,
* sans changement de la fiscalité de l'énergie, les subventions aux renouvelables ne garantissent pas du tout une absence de report de la consommation, avec les ressources ainsi dégagées, vers des gouffres à combustibles (si on subventionne l'eau chaude solaire et que le plombier utilise ses recettes supplémentaires pour prendre l'avion, ce n'est pas tout bénéf !),
* il est en tout état de cause bien plus facile de subventionner les énergies renouvelables si l'on commence par dégager des ressources supplémentaires... en taxant l'énergie fossile !

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