“Y’en a marre !”

Publié le par Alda

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Simon Kouka, rappeur sénégalais du mouvement Y'en a marre (à gauche sur la photo)

 

 

Mouvement sénégalais faisant vivre une forme de démocratie participative
et permettant aux citoyens d’être “le changement qu’ils veulent voir en ce monde”

 

 

 

Bizi! organise ce dimanche 6 mai le «Pot de départ de Nicolas Sarkozy» à Bayonne. A cette occasion, Simon Kouka, rappeur sénégalais du mouvement «Y’en a marre» viendra présenter l’expérience de ce mouvement qui met en place une forme de démocratie participative au Sénégal depuis début 2011.
Alda! a eu l’occasion d’interviewer Simon Kouka avant son arrivée au Pays Basque. Voici le résultat de cet échange très riche qui montre comment au Sénégal «Y’en a marre» arrive en partant de la devise du penseur tiers-mondiste Franz Fanon «Il n’y a pas de destin forclos, il n’y a que des responsabilités désertées» à mettre en pratique la formule de Gandhi «Sois le changement que tu veux voir en ce monde».

 
Qu’est-ce que «Y’en a marre»?  

«Y’en a marre est né et apparu en public par une conférence de presse le 18 janvier 2011 au Sénégal dans un contexte de ras-le-bol lié aux problèmes permanents de coupures d’électricité, de manque de produit de première nécessité (denrées alimentaires, etc.), d’inondations (où les agriculteurs et éleveurs étaient les premières victimes).

A l’époque nous avons remarqué que le personnes du 3è âge se sont vues obligées de se mobiliser… et que la jeunesse n’a pas résisté dans un premier temps. Y’en a marre s’est créé car des jeunes rappeurs, des journalistes, des étudiants et même un jeune marabout (sage religieux, ayant l’écoute de ses fidèles) ont voulu changer la donne en créant un mouvement citoyen non violent, luttant contre l’injustice sociale et pour régler le problème du coût des denrées alimentaires de première
nécessité» nous dit Simon Kouka. En complément, voici comment se présente le mouvement Y’en a marre : «Y’en a marre est un mouvement patriotique. Il se veut avant tout populaire. Il n’est pas une organisation de trop dans la vague de contestations constatées ces derniers temps. Il n’a non plus la prétention de refaire «le Sénégalais» habitué à   se morfondre dans ce fatalisme d’une autre époque. Mais, nous pensons que le Sénégalais n’est pas aussi résigné qu’on le prétend ni aussi désengagé de son destin. Y’en a marre croit encore en la capacité d’indignation du peuple sénégalais et compte y puiser un sursaut salutaire pour prendre définitivement son destin en main, dans le respect des lois et règlements. Y’en a marre se veut également un élan patriotique, une convergence des forces
de la jeunesse sénégalaise, une synergie de réflexions et d’actions précises et ciblées, pour amener les autorités à faire des préoccupations du peuple leurs urgences et arrêter d’ériger au rang de priorités des futilités.
Y’en a marre exige le retour à la normale de la fourniture de l’électricité, d’autant que la Senelec exige encore au peuple de payer le courant qu’on ne voit plus. Et nous exigeons que les coupures intempestives d’électricité qui s’érigent en quotidien partagé par tout un peuple, soient conjuguées
au passé. Et sans délais ! Nous exigeons que la lumière soit !»


Qu’est qui a permis de changer la donne au Sénégal ?
«“Y’en a marre” étant un cocktail de journalistes  (habitués des médias écrits et télés), d’artistes (connus, engagés (ayant critiqué la corruption et fait de la prison pour cela) et respectés de tous) a  essayé de changer la donne en mettant en place de nouvelles formes de sensibilisation et d’action. Cela a pris la forme de pétitions (dit «plaintes») qui ont commencé avec 1000 signatures et ont  dépassé à la fin le million de signataires (dans un pays qui compte 13 millions d’habitants). Ces pétitions ont été présentées à la population par une présence des militants de «Y’en a marre» dans les lieux publics (marchés, écoles, transports en commun, médias (émissions de musique, etc.)) où
des slogans percutants («Ma carte (électorale) est mon arme», etc.) ont été déclinés via 2 ou 4 vers de rap qui étaient criés et facilement assimilés et repris par les jeunes et la population. Les gens rejetaient la politique, mais «Y’en a marre» a montré une autre forme de faire de la politique : en allant voir et échanger avec son voisinage, ses amis, les membres du quartier en faisant du porte à porte pour expliquer les revendications de «Y’en marre» et son fonctionnement, en faisant signer les pétitions après avoir fait vivre les «slogans» ! Cette campagne a permis de faire sortir en mars 2012 le président Wade au pouvoir depuis 2000.»

 
Que sont les "Esprits Y'en a Marre" et le "Nouveau Type de Sénégalais" ?
«Plutôt que de parler de structure, on parle d’esprit quand on veut décrire la forme d’organisation choisie par «Y’en a marre». En fait, nous déclinons sur tout le pays (à l’échelle des quartiers, villes, régions) ou par secteurs d’activité (entreprise, corps de métier, etc.) le mode de fonctionnement du
noyaur initiateur de «Y’en a marre».Pour constituer un Esprit «Y’en a marre», il faut être 50 personnes minimum, avoir une certaine mixité (minimum 20 femmes), adopter une forme d’organisation (porte parole, coordinateur, président d’organisation, directeur artistique (pour utiliser l’art afin de passer les messages dans les rues via «l’Urban Guerila Poetry»). D’autre part, dans «Y’en a marre» on a tout de suite vu qu’il fallait agir à deux niveaux : «Si nous on change, le système change aussi !» et en plus
«Mobilisons-nous collectivement pour changer le système». Dans le domaine du changement à l’échelle personnelle c’est des habitudes aussi simples que de ne pas respecter les horaires, uriner dans les
rues, jeter les gobelets plastiques à terre dans les cafés, rentrer dans des transports publics bondés de monde, promouvoir la corruption (pour échapper à une amende  suite à la conduite sans ceinture ou en téléphonant) qui commencent à être changées ! Ce sont de nouvelles habitudes (respect des horaires, de l’environnement, etc.) qui définissent le “Nouveau Type de Sénégalais - NTS” que met en
avant «Y’en a marre». Actuellement le NTS est même utilisé comme référence par les politiques et l’Eglise catholique !».

 
Quelle “veille citoyenne” a mis en place “Y’en a marre” depuis l’élection présidentielle ?
Nous avons 3 axes stratégiques majeurs :
1/ Construction d’une citoyenneté agissante et renforcement de la démocratie, 2/ Participation au développement socioéconomique et à l’autopromotion, 3/ Développement de la culture et sauvegarde de la paix et de la solidarité.
Au plan opérationnel, les orientations issues de ces 3 axes stratégiques majeures se déclinent en 6 grands chantiers à suivre sur www.yenamarre-senegal.com.

Publié dans Orotarik

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