Echo des Alternatives

Publié le par Alda

Alda 47 - Maxime Combes Alter EchoSophieChapelle

 

Maxime Combes (économiste, animateur de l’UCJS) et Sophie Chapelle (journaliste spécialisée sur les questions d’agriculture, de climat et d’habitat à Bastam)


Maxime Combes (économiste, animateur de l’UCJS) et Sophie Chapelle (journaliste spécialisée sur les questions d’agriculture, de climat et d’habitat à Bastamag) viendront témoigner d’expériences concrètes et particulièrement originales d’agriculture urbaine, d’usines reconverties en fermes écologiques, d’éco-villages, de villes en transition… qu’ils ont étudié tout au long de l’année 2010 en Amérique du Nord et du Sud dans le cadre du projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org). Lors de la conférence «Et pourtant, ça existe !» du Samedi 30 avril à 10h30 à l’IUT Château-Neuf de Bayonne ils s’appuieront sur de petits reportages vidéo réalisés durant leur projet américain.

Voici leurs réponses aux questions d’Alda !

 
D’où est venu le projet Echo des alternatives ?

 

Le projet Echo des alternatives (www.alter-echos.org) est né de la rencontre de deux problématiques politiques et d'un projet personnel. Sophie, journaliste indépendante spécialisée dans l'environnement, et moi-même, militant engagé dans le mouvement altermondialiste depuis une dizaine d'années, avons construit et financé un projet de presque 7 mois en Amérique du Nord et du Sud, à la rencontre de ce que nous avons appelé les « alternatives concrètes et citoyennes » face aux défis environnementaux et climatiques. Pourquoi ce sujet ? Il ne faut pas suivre le processus de négociations internationales sur le changement climatique depuis très longtemps pour se rendre compte qu'il est illusoire (et dangereux ?) de s'en remettre exclusivement à l'ONU, aux chefs d'Etat et aux diverses actions de lobbying pour obtenir des décisions à la hauteur des enjeux. Enjeux qui sont à la fois climatiques et environnementaux, mais également sociaux et démocratiques. Raison pour laquelle nous avons toujours insisté sur l'importance des initiatives locales ou régionales, AMAP, alternatives agricoles ou même schémas de transition énergétique portés par des collectifs citoyens. C'est ici que l'on heurte une deuxième problématique, qui nous semble au coeur de la discussion du forum « Le capitalisme : par où la sortie ? ». A savoir quelle place doit-on donner aux expérimentations citoyennes, forcément partielles et imparfaites, dans un processus d'émancipation et de transformation profonde de nos sociétés. Cette problématique n'est pas nouvelle. Elle a toujours divisé le mouvement ouvrier entre ceux qui pensent pouvoir changer le monde en changeant le système et ses structures, et ceux qui mettent en avant la nécessité de commencer par changer ses propres pratiques, son quartier, sa communauté. Nous pensons que cette dichotomie est largement obsolète. Néanmoins, nous pensons que toutes celles et ceux qui essaient de construire cet autre monde à partir d'initiatives partielles et contradictoires donnent à voir une ligne d'horizon émancipatrice. En ouvrant une ou des voies à suivre, ils contribuent à desserrer l'étau capitaliste néolibéral qui étreint nos sociétés. La question qui est donc posée aux mouvements sociaux, notamment en France et en Europe, est de savoir s'ils sauront s'appuyer sur ces porteurs d'alternatives concrètes pour inverser les rapports de force et substituer de la démocratie, de la sobriété et de la solidarité aux rapports de force capitalistes dominants actuels. Si nous n'avons jamais fait abstraction des rapports de force politiques, économiques, géopolitiques et des conflits structurant des pays que nous avons traversés, nous avons essayé de contribuer à ces débats en dressant les portraits d'une infime partie de ces alternatives concrètes, certaines d'entre elles étant clairement tournées vers les défis climatiques et environnementaux.


Pouvez-vous nous présenter deux alternatives  qui vous ont marqués et qui s'adapteraient à un milieu urbain et rural au Pays Basque ?

La grande majorité des expériences que nous avons rencontrées nous ont marqué. A chaque fois, elles puisent leur force dans l'histoire des résistances locales. Elles utilisent des savoirs propres aux communautés ou aux collectifs citoyens qui les portent. Et elles répondent à des défis particuliers auxquels ces communautés ou collectifs citoyens sont confrontés, notamment la survie de leurs conditions d'existence. Du coup, il est assez difficile d'extraire deux exemples et surtout de vous les présenter comme deux recettes à reproduire. Ce que ces expériences ne sont pas. En même temps, cela ne veut pas dire que ces alternatives n'ont rien à nous montrer et à nous enseigner. Chacune de ces alternatives porte une part d'universel. Mais un universel respectueux du local, des êtres humains, de l'environnement et des cultures. Un universel non dogmatique fait de solidarité, de partage, de sobriété, de démocratie qui engage à prendre en main collectivement son avenir. Si nous ne devions donc en retenir que deux, nous penserions aux expériences d'agriculture urbaine à Détroit (Michigan), aujourd'hui assez célèbres, et Milwaukee (Wisconsin). A Milwaukee, c'est tout simplement une usine abandonnée qui a été récupérée et transformée en ferme écologique fournissant des habitant-e-s, restaurants et coopératives de distribution en produits frais à . Sur le versant rural, impossible de ne pas évoquer l'incroyable résistance et résilience développées par les habitants d'Intag, en Equateur, s'opposant à un effroyable projet de mine de cuivre à ciel ouvert qui détruirait une bonne part de la forêt humide qui les abrite. Dans cette lutte sans merci – ils ont repoussé et désarmé des paramilitaires engagés par une entreprise canadienne – ils ont su développer tout un tas d'activités économiques, socialement utiles et respectueuses de l'environnement, pour leur permettre de vivre de leurs territoires, sur leur territoire.


Que faire pour que ces expériences ne soient pas considérées comme l'exception mais la règle et le modèle à suivre ?

La question est très complexe. C'est toute une culture de la transformation et de l'émancipation qui est à reconstruire en ce 21ème siècle. Cela prendra des années. Prôner la généralisation et la diffusion de ces initiatives, si possible avec le soutien des collectivités locales, ne doit pas nous empêcher de voir que nous n'avons pas forcément inventé le logiciel adéquat pour ne pas retomber dans les travers d'une économie sociale et solidaire bien souvent trop institutionnalisée et ayant perdu toute perspective de transformation globale. Nous en reparlerons donc lors du forum...

Quel est l'apport de l'outil vidéo pour le militantisme ?

La vidéo n'est qu'un outil. Nous souhaitions expérimenter la réalisation de reportages multimédias mêlant, sous un format accessible à tout internaute, écrit, vidéo et photos. Par la vidéo, nous souhaitions également rapprocher les personnes et initiatives que nous rencontrions de nos lecteurs. Donner à voir ce que nous pouvions voir nous-mêmes. A une condition, produire des vidéos de bonne qualité, que ce soit au niveau du contenu ou sur le plan technique. Cela nécessite beaucoup de temps et d'énergie, tant au moment de la prise de vue que lors du montage. Au final, si les vidéos sont moins regardées que les articles ne sont lus, nos vidéos ont été, d'après les retours que nous avons, plutôt appréciées et permettent, dans un format court, d'introduire des débats. Aujourd'hui, nous pensons que la vidéo est trop dépréciée dans les réseaux militants par ses sous ou sur-utilisations. Nous trouvons donc encourageant de voir que des sessions de formation vidéo pour les milieux militants commencent à se développer. On ne s'improvise pas vidéaste, même amateur.

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