Devoir de Résistance

Publié le par Alda

 par Txetx Etcheverry

 

2X2 voies, élargissement de l'A63, nouvelle ligne TGV, tout se passe comme si nos "responsables" continuaient à penser le monde de 2030 dans les paramètres de 1970. Tout se passe comme s'ils semblaient ignorer ce qu'écrivent leurs propres experts à propos des émissions de gaz à effet de serre, du réchauffement de la planète, de la fin du pétrole pas cher et à propos des conséquences à en tirer dès aujourd'hui.
Que sait-on aujourd'hui ?
On sait que quoiqu'on fasse, le monde va devoir payer la facture du réchauffement climatique dû à nos modes de fonctionnement industriels, à nos types de consommation et de transports de ces 150 dernières années. On sait que si on ne veut pas aggraver démesurément cette facture -financière(1) et humaine- il faut impérativement réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 50 % à 80 % d'ici 2050. On sait que -c'est le fameux Pic de Hubbert- désormais la courbe de l'offre de pétrole passe structurellement en dessous de celle de la demande et donc que l'ère du pétrole bon marché est définitivement résolue. On sait que ce Pic de Hubbert est proche pour beaucoup d'autres matières premières ou énergies fossiles. On sait qu'avec le rythme actuel de consommation de l'Europe et des USA, il faudrait 4 planètes et que nous n'en n'avons qu'une. On sait les taux de croissance incroyablement hauts de la Chine, de l'Inde et d'autres pays qui essaient de nous imiter. 1,3 milliards de Chinois n'ont aujourd'hui que 25 millions de voitures à comparer aux 30 millions de voitures détenues par les 60 millions de Français ! Faut-il les inciter à nous imiter en allant nous-mêmes toujours plus loin dans une voie qui n'est plus tenable ? Les conséquences concrètes (épuisement ou difficultés d'approvisionnement en certaines matières premières, hausses insupportables des prix de beaucoup d'entre elles et particulièrement du pétrole, fonte des glaces, hausse du niveau des océans, augmentations des évènements climatiques extrêmes....) ne vont pas se faire sentir de manière violente dans un ou deux siècles mais dans les 20, 30 ans à venir !!!
Fuite en avant
Malgré tout ce que l'on sait, nos "responsables" se livrent à ce qui ressemble fortement à une fuite en avant inquiétante. On accepte le doublement du transport routier en même temps qu'on sait qu'on doit réduire de manière drastique les émissions de gaz à effet de serre auxquelles ce même transport routier contribue généreusement. Ils croient que la règle va être de voyager plus, plus souvent et plus rapidement alors que les réalités de la planète -qui sont incontournables- vont peu à peu mettre un terme à cette logique suicidaire. Ils continuent à penser le développement local en des termes du passé -si leurs dirigeants mettent deux heures de moins à venir ici, les entreprises s'implanteront plus facilement- sans anticiper les conséquences prochaines des changements actuels : fin du pétrole pas cher, potentialités offertes par internet et les nouvelles technologies, importance de la préservation du cadre de vie, atouts d'une agriculture de proximité etc.
A aucun moment, ils n'imaginent le développement de demain en intégrant réellement les nouveaux paramètres, imposés par la finitude de la planète et les effets directs et à court terme de nos modes de production, de consommation et de transport. Ils continuent à renforcer les appels d'airs encourageant l'accroissement du transport trans-pyrénéen en tout genre au lieu d'investir dans une relocalisation de l'économie, un développement des circuits courts de consommation, dans les productions et communications immatérielles, dans les pratiques permettant de diminuer les transports nécessaires, d'abaisser la production de déchets, etc. Au-delà des slogans et des yeux doux faits à Nicolas Hulot, le type de développement reste fondamentalement le même et par simple effet d'inertie voit ses nuisances et son empreinte écologique exponentiellement renforcées.
Bref, nos "responsables" appellent progrés ce qui n'est qu'une vision passéiste et rési-gnée et appellent conservatisme l'attitude de ceux qui ont réellement intégré l'état actuel du monde et anticipé celui de demain.
Egoïsmes et intérêts déplacés
Mais ce n'est pas seulement le manque d'anticipation qui est la cause de cette fuite en avant ahurissante.
Il y a aussi une bonne dose d'égoïsme qui fait fermer les yeux sur la facture qu'auront à payer nos enfants et nos petits enfants pour continuer à profiter sans limites d'un certain mode de vie et de consommation.
Il y a aussi des intérêts puissants qui tirent de larges profits dans la réalisation de ces infrastructures nuisibles, dans la poursuite de types de production et de transport qui ne sont plus adaptés. Le pouvoir est ainsi administré que des filières entières sont maintenues malgré l'évidence de leur caractère néfaste pour que certains puissent continuer à se remplir le portefeuille sans se soucier des dégâts qu'ils causent à la planète dont hériteront les générations qui les suivront.
C'est exactement ce qu'illustre, dans un autre domaine, le projet de Lacq de transformation du maïs en éthanol qui est une véritable aberration tant du point de vue énergétique que du point de vue écologique et dont la seule raison d'être est de continuer à assurer l'enrichissement du lobby de la maïsiculture.
Devoir de résistance
Les citoyens de l'an 2007, les humains qui habitons ce Pays Basque et cette planète terre, ne pouvons plus accepter ce type d'agissements. Nous sommes comptables de l'état du monde dans lequel vivront nos enfants. Nous avons un devoir de résistance contre toute aggravation de la situation dans lequel il se trouve déja. Nous avons un devoir de résistance contre toute fuite en avant qu'elle soit guidée par la recherche du confort immédiat ou des intérêts de quelques-uns, par aveuglement ou par l'idéologie productiviste vestige des deux derniers siècles.

 


(1)5500 milliards d'euros, correspondant à une récession mondiale de 20 %, selon le récent rapport réalisé pour le gouvernement anglais par Sir Nicholas Stern, ancien responsable des études économiques de la Banque Mondiale

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Publié dans Transport - Garraioa

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