Transport et Mondisation - Deux faces d'une même médaille

Publié le par Alda


par Daniel Olçomendy

 

 

 

Les transports sont essentiels aux nouveaux modes de production qui recourent à la sous-traitance, à la fabrication éclatée géographiquement, à la délocalisation des activités, au flux tendu qui élimine les stockages. Les grosses infrastruc-tures représentent un pas de plus, et très important, dans la consolidation de ce modèle économique et social lié à la globalisation, productiviste, consumériste, générateur d'inégalités, destructeur de la nature.

On assiste à un accroissement démentiel et insupportable du trafic à tous les niveaux, en particulier du transport routier dont il est prévu le doublement pour 2010, dans tout l'espace européen.
On demande aux populations de payer la note et les dégâts d'une immense expansion de l'infrastructure routière, pour servir les intérêts des groupes économiques les plus puissants (pétroliers, constructeurs automobiles, transporteurs…).
En France et en Europe, la route exerce son hégémonie en matière de transports.
Dans l'hexagone, près de 80% des marchandises circulent par la route (le chiffre était de 33% en 1960). Avec des conséquences de plus en plus criantes et graves sur l'environnement, le cadre de vie, la santé, le travail. Pendant ce temps, le fret ferroviaire et le transport fluvial sont en diminution constante. Le rail ne représente plus que 8% du transport de marchandises, alors qu'il était de 21% en 1970 (4% seulement des marchandises traversent les Pyrénées par rail).
La facilité du tout camion s'est imposée avec la complicité active de la classe politique française et européenne qui considère que les maux engendrés par le transport routier ne sont que le prix à payer pour le "progrès" et le "développement". La route a bénéficié et continue de bénéficier d'investissements lourds, à la différence du rail pour le fret et des voies fluviales.
Si la route est tant utilisée, c'est que le transport par camions coûte très peu cher, tout en rapportant à l'Etat en taxes pétrolières. Cela rapporte aussi aux grands industriels qui font pression pour avoir un très faible niveau des prix du transport des marchandises, afin de faire des gains de rentabilité.
Enfin, si le transport par la route paraît si peu cher, c'est que les transporteurs routiers n'ont pas à prendre en compte tous les coûts externes, qui  reviennent intégralement à la collectivité : pollution atmosphérique, consommation d'espace, coûts sociaux et de santé, sécurité, nuisances sonores et environnementales…
Ainsi, le secteur routier, le mode de transport le plus dépensier, celui de moindre rendement et qui provoque le plus de nuisances et de gaspillages, se présente d'une façon aberrante comme le plus rentable sur le marché. Cela montre que ce qui est bon pour le marché est néfaste pour la société.
La politique en matière de transports s'appuie sur l'extrapolation des tendances à l'œuvre depuis des décennies, comme s'il s'agissait d'une fatalité inéluctable et détachée de l'activité et du pouvoir humains. Les besoins de transports ont augmenté, donc ils augmenteront encore ; les routes sont saturées, eh bien il suffit d'ouvrir encore et toujours de nouvelles voies, nous répète-t-on.
Ainsi, on construit une autoroute à 2x3 voies sur la côte basque et on veut imposer une voie à grande capacité (une 3 voies qui aurait quasiment l'emprise d'une 2x2 voies) en Navarre, de Pampelune à Salies.
Cet axe n'a pas une vocation de voie "interrégionale", comme le prétendent ses promoteurs, mais serait une large bretelle reliant l'autoroute A 64 au nœud autoroutier de Pampelune, permettant le trafic routier international des marchandises.
Désertification des zones rurales
Une telle route ne contribuerait en rien au développement local : elle servirait de pompe aspirante et tendrait à désertifier les zones rurales, les plus fragiles, et à concentrer davantage les activités dans les grands pôles.
Les nuisances seraient innombrables : dégâts pour l'environnement et la santé ; dégâts économiques : perte de terres agricoles (l'emprise serait très large et le projet prévoit une bonne partie de l'itinéraire en site propre), servitudes pour les paysans, perte de l'image des produits de qualité AOC, pertes pour le tourisme vert ; dégâts sociaux et culturels : le Pays Basque intérieur serait coupé en deux, les rapports sociaux modifiés, la Soule se verrait encore plus éloignée, le pays abîmé ; dégâts financiers : le coût du projet, énorme, est estimé à 270 millions d'euros, ce qui laissera peu d'argent pour d'autres projets et pour répondre à des besoins essentiels.
Projet jamais demandé par la population
Dans ce dossier, alors que l'étude du projet s'est menée en catimini et que les cartes  des tracés apparaissent  aujourd'hui dans les mairies touchées en présentant les tronçons zone par zone, la démocratie est bafouée : la population n'a jamais demandé un projet routier nord-sud d'une telle envergure.
Quelles alternatives au lobby routier ?
Il n'y a d'alternative réelle que d'agir sur les causes structurelles de la demande de transports, c'est-à-dire de peser pour diminuer les marchandises et leurs flux.
Et c'est possible dès aujourd'hui, en refusant de produire et de consommer des marchandises inutiles et nocives.
Harmonisation des législations européennes et mondiales
Un autre axe est de lutter sur le plan social, à un niveau européen et mondial, pour arriver à une harmonisation, au niveau le plus haut, des législations du travail, des salaires, des droits sociaux et du respect de l'environnement. Il est essentiel aussi d'aider au maintien et au développement de la petite agriculture de proximité. Plus généralement, il est impératif de réfléchir aux moyens de relocaliser l'économie et de consommer autrement, de penser un développement le plus endogène et autosuffisant possible, permettant de réduire les besoins en transport et de satisfaire les besoins : ceci en respectant l'environnement et en facilitant l'autonomie aussi bien des individus que des peuples.
Promouvoir d’autres modes de transport
Il est aussi primordial de peser pour que d'autres modes de transport remplacent la route.
Le transport sur rail par containers en est un. La voie ferrée côtière actuelle Baiona-Irun qui ne fonctionne qu'au 1/3 de sa capacité, pourrait être modernisée à peu de frais pour accroître le trafic de marchandises. Les voies fluviales, le cabotage maritime peuvent représenter aussi des alternatives.
Transport = problème politique et social
Le transport n'est pas un problème technique mais un problème politique et social.  Ce secteur est lié à un type de société et il a un rôle stratégique. On ne peut proposer d'alternatives qu'en prenant en compte les conditions sociales et démocratiques dans lesquelles elles doivent se mettre en place. Pourquoi pas le cabotage maritime et le rail, mais encore faut-il que ce ne soit pas n'importe comment ni dans n'importe quelles conditions. Seulement si ces transports sont des services dont les travail-leurs, les usagers et les populations doivent avoir le contrôle; seulement s'ils répondent à des besoins réels et non à des critères de rentabilité ; seulement si des droits sociaux, en matière de statut, de salaires et de conditions de travail au meilleur niveau sont garantis aux salariés à l'échelle européenne et mondiale.

Publicité

Publié dans Transport - Garraioa

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article