La nécessaire décroissance des transports

Publié le par Alda

 par Victor Pachon

 

 

 

 

 

 

Que font les politiques traditionnels, les décideurs et les gros industriels qui les sous-tendent(1) quand "les dérèglements climatiques" annoncent que les limites  de la planète sont atteintes ? Que décident-ils quand il devient évident que l'empreinte de l'homme sur cette planète devient démesurée, quand on se rend compte que nous n'avons qu'une planète et qu'il est temps d'arrêter de se comporter comme s'il y en avait une de rechange ?
Ils décident qu'il ne faut plus attendre et qu'il faut tout passer en force et tout de suite avant qu'il ne soit trop tard… pour eux(2).
Ainsi en matière de transport ils posent sur la table : l'élargissement de l'A63, l'autoroute Langon-Pau, la transnavarraise, le grand contournement de Bordeaux, une autoroute Oloron-Pau dont l'absence expliquerait l'échec du tunnel du Somport, les voies nouvelles ferroviaires Bordeaux-Hendaye, Bordeaux-Toulouse, sans écarter la traversée centre-ouest évoquée par le rapport Becker et bien sûr le tunnel central sous le Vignemale. Bon appétit !
"Le Pays basque a vocation a accepter le transit des marchandises de la péninsule ibérique aujourd'hui, de l'Afrique du Nord demain et plus tard de l'Afrique Noire" disait en substance un sémillant représentant de la CCI de Bayonne au cours d'un débat radiophonique. (Oui j'ai oublié "l'indispensable" pont ou tunnel de Gibraltar).
Les limites du report modal :
Conscient que le morceau est un peu gros, les voilà qui prennent des accents écolos pour justifier la poursuite des projets. Ils veulent en finir avec "le mur de camions" disent-ils grâce au report modal sur le rail qu’ils ont écrabouillé en supprimant nombre de gares et de lignes. François Maitia conseiller régional socialiste, des trémolos dans la voix, fait des envolées lyriques sur "un désir de ferroviaire", une illumination qui a dû lui apparaître le jour où il revenait de Bordeaux après avoir voté pour la non-rentable autoroute Langon-Pau.
Attention ! Qu'on ne s'y méprenne pas, nous ne sommes pas hostiles au report sur le rail, au contraire. Dès 92 nous décrivions son urgente nécessité (longtemps avant le grand rêve érotique de F. Maitia). Mais nous disions deux choses :
-L'inutilité du report modal si dans le même temps on ne stoppe pas, voire on ne fait pas décroître les transports.
-Sa déroute si on lui fixe des objectifs inatteignables.
Ecotaxes et relocalisations nécessaires
Le dossier du débat sur le projet ferroviaire explique (avec des estimations surévaluées du fret ferroviaire que nous avons dénoncées et que les experts Suisses ont également soulignées) qu'en 2020 le fret ferroviaire capterait l'équivalent de 4000 camions par jour. Mais si on y regarde de plus près, on s'aperçoit qu'aujourd'hui à Biriatou il passe 8500 camions par jour et qu'en 2020, malgré les 4000 soit disant captés, il en passerait au moins 12500. Il faudra donc ajouter d'autres élargissements, d'autres chantiers, etc. Ceci est insupportable, pour nous et pour notre planète.
Oui il est inacceptable que des crevettes pêchées au Danemark soient décortiquées au Maroc puis remontées après mise en boîte vers le Danemark. Il est insupportable que des pommes de terre récoltées dans le Nord de la France soient conditionnées en Italie et que du riz bio produit en Italie du Sud soit conditionné en Belgique.
Le bas coût du transport et les délocalisations d'entreprises vers des pays où la main d'œuvre coûte peu sont responsables de ce système qui s'emballe. 
Des écotaxes et des relocalisations sont donc nécessaires et cela impose que nous revenions sur une mondialisation délirante. "Un autre monde est possible" disent les alter-mondialistes, "ça va pas être possible" disent les mondialistes ! Il faut choisir son camp ! Et ce n'est pas un peu de fret ferroviaire, véritable chantilly sur un gâteau aux pesticides, qui inversera la tendance.
Nous le martelons : sans décroissance des transports, en particulier routiers, nous détruirons ce qui nous reste !
Fixer au report modal des objectifs inatteignables c'est organiser sa déroute :
En matière ferroviaire, envisager à l'aide de chiffres surestimés, une multiplication par 10 des tonnages c'est l'entraîner vers l'échec (le débat public sur les transports dans la vallée du Rhône et l'arc languedocien envisage la multiplication par 3 des mêmes échanges avec la péninsule ibérique). Dès lors, on comprend mieux pourquoi il faudrait une voie nouvelle rapide fret et TGV au Pays Basque. Lorsqu'on aura amené le fret ferroviaire à l'échec on reportera ses débris sur la voie existante et on captera les trains de voyageurs sur la ligne nouvelle TGV. Nous serons ainsi revenus à la solution que tout le monde a rejeté en 92.
Nous sommes favorables à une multiplication par 5 du fret ferroviaire avec des trains plus longs et plus lourds (donc moins nombreux). Des trains longs de 1000 m sont envisagés progressivement dès 2007 dans le Languedoc avec des objectifs de 940 tonnes nettes de marchandises alors qu'au Pays basque on prévoit des trains de 700 m maximum avec une charge moyenne de 358 t en 2020.
Une palette de solutions pour le report modal :
Ajoutons que la réouverture du Canfranc permettrait d'écouler 2,64 millions de tonnes par an et que la solution maritime envisagée entre Bilbao et St Nazaire ou Dunkerque permettrait de capter 1000 camions par jour.
Nous ne manquerons pas cependant de souligner aussi les limites suivantes : les 1000 camions monteront à Bilbao et descendront à St Nazaire ou Dunkerque et là aussi il y a des gens qui habitent et qui ont légitimement le droit de fixer ce qui est supportable pour eux. Ceci pour dire qu'il faut aussi de la modération et que les différentes formes de report modal ne peuvent se concevoir que si l'on met en chantier la décroissance du transport.
Nous en sommes là :
Nous en sommes là, nous considérons que le Pays basque n'a pas la vocation à tout accepter, à s'autodétruire pour un transit exponentiel. Il a aussi vocation à résister à cette mondialisation cannibale et nous avons vocation nous, à dire, redire et expliquer qu'il est temps :
-D'entamer la décroissance des transports.
-De taxer le transport indécent.
-De relocaliser.
-D’aider une agriculture de proximité.
-D’imposer le traitement des déchets là où ils sont produits pour ne plus les faire circuler.
-De mettre sur un même pied les prix de revient des différents modes de transport.
-D’organiser les reports modaux avec précaution et modération.

 

 


(1)La table ronde des industriels se réunit régulièrement, elle compte dans ses rangs les plus grands groupes européens. On y invente des projets qui perpétueront leurs activités et leurs profits puis des centaines de lobbyistes pousseront ces projets, nous faisant même croire que nous les réclamions depuis longtemps. Il en est ainsi du tunnel sous la Manche qui ruinera tous les petits actionnaires et bien d'autres dont le dernier pojet de nouvelle autoroute réservée aux camions.


(2)En Mai 68, un groupe gauchiste proclamait radicalement : "Ce que nous voulons ? Tout ! Tout de suite !" (Son journal se nommait d'ailleurs "TOUT !"). Aujourd'hui, signe des temps, le radicalisme a changé de camp.

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Publié dans Transport - Garraioa

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