L’origine du “travailler plus, pour gagner plus !"

Publié le par Alda

 

  

par Pascal Mulet

 

 

La Loi des Débouchés

Il est important, pour bien comprendre les discours et débats actuels, de connaître les bases de chaque grand courant, fondements de théories qui se construisent et évoluent petit à petit. Voici une pièce maîtresse de la pensée libérale, héritière de l'école classique : la loi des débouchés.

Une question : Comment accroître la richesse ?
L'écossais Adam Smith propose dans son livre "Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations" (1776)  l'épargne(*) comme condition nécessaire et suffisante de la croissance. Pour cela, Smith considère qu'elle est totalement et immédiatement transformée en capital(**) par le capitaliste, vu comme un "capitaine d'industrie" frugal et fonceur. L'accumulation du capital permet de produire toujours plus de richesse et... d'accumuler plus de capital. C'est un cercle vertueux.
Le français Jean-Baptiste Say, dans son "Traité d'économie politique" (1803) prend la suite de Smith et explique comment sera écoulée toute cette marchandise. Car en effet, il y a bien longtemps qu'on ne produit plus pour sa propre consommation, mais pour échanger contre d'autres richesses. Et il ne faudrait pas que notre capitaine se retrouve avec de la marchandise sur les bras... Mais pas de problème, grâce à la loi des débouchés : "l'offre crée sa propre demande", ou encore "c'est la production qui ouvre des débouchés aux produits". C'est à dire que si je crée 1000, j'aurais de quoi acheter 1000 ; et si chacun peut se procurer autant que ce qu'il a produit, il n'y a aucun risque de surproduction(***) au ni-veau global. Et si certains achètent moins c'est "parce qu'ils ont moins gagné ; et ils ont moins gagné, parce qu'ils ont trouvé des difficultés dans l'emploi de leurs moyens de production, ou bien parce que ces moyens leur ont manqué". L'offre globale est donc égale à la demande globale car elle en est l'origine.
Une hypothèse fondamentale de la loi des débouchés est celle de la neutralité de la monnaie. Say considère la monnaie comme un "voile", neutre par rapport à l'économie réelle (la monnaie n'est que l'intermédiaire des échanges). Marx, et surtout Keynes (dans les années 1930)  démontreront le contraire.
Si la loi des débouchés n'est plus utilisées telle quelle aujourd'hui, on la retrouve comme trame de la plupart des discours actuels ("Vive la croissance !" "Travailler plus pour gagner plus !").
Nous verrons la semaine prochaine comment Karl Marx, à la suite de Thomas Mathus (un contemporain de Say), critique cette "loi".

(*) Epargne : partie du revenu qui n'est pas consommée.
(**) Capital : ensemble des moyens de production.
(***) Une surproduction entraîne une trop grande offre par rapport à la demande, ce qui provoque une chute des prix (risque de vente à perte).

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