Leur crise financière...1/2

Publié le par Alda

 








Par Pierre Ruscassie



... et notre contrôle démocratique (1/2)

Conséquence de décisions politiques
La crise financière qui débouche sur une crise économique et une crise sociale ne résulte pas de mécanismes automatiques ni de comportements immoraux de quelques traders. Elle est la conséquence de décisions politiques prises par les maîtres de la finance à l'échelle mondiale et de leur exécution par les dirigeants politiques des Etats les plus puissants : USA, Europe, Japon. Sans l'approbation de ceux-ci, les désirs des grands spéculateurs seraient restés des vœux pieux.

Part des revenus salariaux Vs part des revenus financiers
Baisser massivement la part des revenus salariaux pour augmenter d'autant la part des revenus financiers, dans le partage,  entre salaires et profits, de la valeur ajoutée chaque année par le travail : tel était le but des capitalistes qui dominent les échanges mondiaux. Tel est le résultat obtenu par 25 années de néolibéralisme : dans les Etats les plus riches, la part des salaires a perdu 10 points transférés à la part des profits.
En France, de 1983 (plan Delors) à 2008, la part des salaires dans la valeur ajoutée est passée de 71% à 62%. Pour une valeur ajoutée de 1 650 milliards d'euros la perte subie par les salaires est de 150 milliards d'euros en 2007. Soit 4 000 euros perdus chaque année par salarié (par 91% des adultes), mais pas perdus pour tout le monde, empochés par 2% de la population adulte (un supplément de 150 000 euros que chaque rentier peut, en moyenne, ajouter à ses revenus de l'année). Tout le monde ne vit pas dans la misère !

Baisse des salaires directs et indirets
Quels instruments les néolibéraux ont-ils pu utiliser pour réaliser une telle baisse des salaires directs (nets) et indirects (cotisations sociales) ? Deux instruments que les dirigeants de la gauche ont accepté, alors qu'ils auraient dû les refuser : une politique de croissance du chômage par suppression systématique des protections obtenues par les salariés dans le code du travail et une politique de libéralisation complète de la circulation des capitaux financiers démantelant la souveraineté monétaire des Etats.

Trois cliquets avaient été et ont été supprimés :
1- Le système de parités fixes pour les monnaies, instauré à Bretton Woods en 1944 : en 1971, les devises devenaient des marchandises dont les prix étaient libérés de tout contrôle démocratique.
2- L'indexation des salaires sur les prix, instaurée à la Libération : à partir de 1983, les augmentations de prix n'étaient plus partagées entre salaires et profits mais bénéficiaient seulement aux profits.
3- Le contrôle administratif sur les licenciements, instauré en 1974 : depuis 1986, l'inspection du travail n'a plus les moyens de s'opposer aux licenciements boursiers et les plans de licenciements s'appellent des "plans sociaux".

1983, date du Munich social français
La fin de la convertibilité du dollar en or a été prise par Nixon en 1971 : il s'agissait de la rupture unilatérale d'un accord : en l'absence d'une monnaie mondiale gérée par l'ONU, le maître du dollar était celui du système monétaire international et les autres pays n'avaient pas de marges de manœuvre. Mais pourquoi les premiers gouvernements de la gauche en France ont-ils accepté, en 1983, de supprimer l'indexation des salaires sur les prix et n'ont-ils pas rétabli, à partir de 1988, le contrôle administratif sur les licenciements ? Parce que c'était déclarer la guerre au grand patronat : 1983 est la date du Munich social français.

4 000 milliards d’euros et de dollars
Dix ans après la première victoire du néolibéralisme au Chili, le dernier pôle de résistance, à l'échelle mondiale, venait de céder. 25 ans après, nous en voyons le résultat : les néolibéraux tentent de nous faire payer leur crise financière. Soudainement, ils trouvent 4 000 milliards d'euros et de dollars pour rembourser aux actionnaires des banques le "manque à gagner" qu'ils subissent pour être entrés en possession d'actifs pourris qui empêchent les banques de se rembourser les crédits qu'ils ont accordés et de verser les dividendes attendus. (...à suivre...).

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