Regards croisés sur l'entreprise coopérative (1/2)
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par Jean-Claude Larrasquet
(Article de la série “Entreprise, mon amour”)
Quelques impressions d'une visite de la coopérative IRIZAR (fabricant d’autocars de luxe) à Ormaiztegi
Cette visite a été effectuée avec des élèves de première ES du Lycée Maurice Ravel de St-Jean-de-Luz. Elle s'est faite dans le cadre de la Semaine de l'Economie Sociale et s'est déroulée en deux parties : le matin , visite de la coopérative (présentation de l'entreprise et visite des ateliers) et l'après-midi, vision critique faite par le syndicat ELA à Beasain.
PRESENTATION ET VISITE DE L'ENTREPRISE IRIZAR.
De l'atelier à la multinationale.
Née en 1889, l'entreprise fabriquait à ses débuts des diligences puis au début du 20è siècle, la carrosserie d'autobus pour des liaisons locales. Elle se transforma en société coopérative de production en 1950 et connu un développement rapide en se spécialisant sur le créneau des autobus de luxe jusqu'au début des années 90.
Cette croissance rapide vient butter alors sur la crise qui touche le secteur industriel dans son ensemble et plus précisément la branche des transports. Irizar a failli être emportée par cette crise mais a su réagir en développant une stratégie originale qui lui permet aujourd'hui de vendre ses autobus dans de nombreux pays et d'avoir des unités de production dans les pays émergeants (Chine en 1994, Maroc en 96, Brésil en 97, Inde en 2000 et Afrique du Sud en 2004). Cette nouvelle stratégie basée sur une internationalisation et une nouvelle philosophie entrepreneuriale sera l'objet essentiel de cet article en 2 parties.
Les principes coopératifs.
Irizar fait partie du groupe coopératif MCC (Mondragon Corporación Cooperativa) qui se compose outre le groupe industriel auquel appartient Irizar, d'un groupe de distribution (Eroski), d'un groupe financier (Caja Laboral) mais également d'un centre de recherche, d'une université et de services sociaux.
Ces principes coopératifs sont au cœur du projet Irizar et distinguent nettement cette entreprise de ses homologues capitalistes :
*Le projet est d'abord centré sur la personne et sur l'engagement volontaire, le principe démocratique "un homme une voix" et la solidarité. L'expression "ressources humaines" si fréquente dans les entreprises capitalistes est tabou chez Irizar.
*La double qualité : les coopérateurs (socios) sont à la fois des travailleurs et détenteurs du capital de la société participant ainsi aux décisions.
*Une hiérarchie salariale plus resserrée que dans une entreprise capitaliste.
*Si la logique financière n'est pas absente, elle n'est pas seule et elle s'articule à une logique économique et sociale (développement de l'entreprise, conditions de travail, responsabilité sociale et sociétale de l'entreprise).
*La solidarité intra-groupe de MCC en cas de difficultés.
La stratégie entrepreneuriale d'Irizar.
Suite à la grave crise industrielle du début des années 90, l'entreprise a adopté une nouvelle stratégie basée sur une internationalisation avec transfert de technologie, une nouvelle organisation du travail et l'incorporation de techniques modernes de gestion.
*L'internationalisation fut d'abord conçue comme une nécessité pour échapper aux risques de vulnérabilité face à la crise qui touchait les pays développés en profitant des croissances prometteuses des pays émergeants. Cette internationalisation a pris souvent la forme de "joint-venture"(1) avec pour but non pas de délocaliser pour des raisons de coûts mais de se placer sur de nouveaux marchés.
*La remise en cause du travail à la chaîne et des formes tayloro-fordistes en vigueur dans cette branche en faveur d'une organisation basée sur des équipes multi-disciplinaires et autogérées, une organisation moins hiérarchisée et verticale au profit d'une organisation plus horizontale et plus participative avec comme finalité de toujours penser aux besoins du client. Cette organisation donne donc priorité à l'aval (la demande du client) sur l'amont (l'offre) comme dans les organisations du travail de type fordiste. Elle est censée également donner aux équipes et aux travailleurs une plus grande maîtrise sur leurs conditions de travail.
La fabrication de l'autobus est découpée en 14 étapes jusqu'à la livraison finale aux besoins du client. Ces étapes sont prises en charge par des équipes (ELC : Equipo Linea Cliente) fonctionnant selon les principes de la "participation responsable".
*L'utilisation de l'informatique et de la conception/production assistée par ordinateur permettent de bien prendre en compte les désirs du client qui reste la priorité pour essayer de les fidéliser par une qualité de service irréprochable et d'assurer également une flexibilité de la production. (...)
(1) Co-entreprise ou filiale commune avec des capitaux du pays d'accueil et de l'entreprise qui s'y installe.