Le "Mirage" économique anglais

Publié le par Alda

par Philippe Marlière

 

 

 

Voici trois idées fausses à propos du soi-disant "miracle" économique britannique… qu'il serait plus juste d'appeler “mirage” !
*Lien entre flexibilité du travail et bas niveau du chômage :
-Avant de tirer des conclusions hâtives de la simple comparaison des taux de chômage britannique (4,5 - 5%) et français (10%), il serait bon d'analyser la nature des chiffres du chômage en Grande Bretagne. Dans ce pays, le niveau des emplois a très peu augmenté en 10 ans : il y a eu peu de création d'emplois. La France a, pendant cette même période, davantage créé d'emplois. Par contre, la population britannique en âge de travailler a augmenté et la population active a stagné. Le chômage chez les hommes a davantage baissé qu'il n'y a eu de création d'emplois. Ces données sont d'autant plus paradoxales que le taux de chômage général a constamment baissé pour atteindre le taux de 4,5-5%. Cela amène à se poser la question suivante : qui est considéré comme chômeur et qui ne l'est pas ?
-En fait, les titulaires du régime d'invalidité (Incapacity Benefit), environ 2,7 millions d'individus, ne sont pas comptabilisés comme chômeurs. Ce sont surtout des personnes dont le gouvernement considère qu'elles sont inemployables car leur niveau de formation et de qualification est très faible. Le taux de chômage britannique est ainsi artificiellement revu à la baisse en excluant 2,7 millions d'individus qui ne sont ni actifs, ni au chômage.
-Certains médias français vantent les "vertus" de la flexibilité à l'anglaise, à l'appui de reportages bâclés qui ciblent des catégories "à succès" et au capital économique élevé. En réalité, les résultats économiques de la Grande-Bretagne sont loin d'être enviables sur le plan de la qualité de l'emploi et des conditions de travail. En outre, la segmentation du marché du travail est telle qu'à côté de régions riches (le sud de l'Angleterre), il existe des poches de pauvreté profondes (Nord de l'Angleterre, Ecosse, certains quartiers de Londres). Ce sont dans ces régions et au sein de ces catégories sociales continuellement exclues du marché du travail que l'on recueille les bataillons d'individus en régime d'invalidité.
*Lien entre flexibilité et création d'emplois :
-Depuis une dizaine d'années, la Grande Bretagne a connu une période de croissance économique aux alentours de 3%. Si on étudie de plus près les causes de cette croissance, on s'aperçoit qu'elle a été largement insufflée par des politiques de dépenses publiques. Depuis 2000-01, le gouvernement Blair mène une politique interventionniste de type keynésien ! Depuis 1998, c'est dans la fonction publique que l'on a créé le plus grand nombre d'emplois ! Certes, le discours "moderniste néolibéral" de Tony Blair se garde bien de faire référence à cela. Pourtant, les faits sont têtus : sans l'augmentation massive du buget de l'Etat dans les transports, la santé et l'éducation, le nombre d'emplois créés aurait été en général plutôt médiocre. Après 30 années de désinvestissement de l'Etat, ce ré-investissement était nécessaire tant les services publics britanniques étaient - et demeurent - délabrés. L'effort consenti par le gouvernement néo-travailliste n'a d'ailleurs pas permis de combler le retard de la Grande-Bretagne sur la France. Il faut toutefois nettement nuancer la nature "keynésienne" de la politique blairiste. Tony Blair et Gordon Brown ont fait le choix très idéologique de s'appuyer sur le service privé pour moderniser les services publics à travers les Partenariats Public Privé (PPP). Les PPP sont un projet d'inspiration néolibérale (conçu par les conservateurs thatchériens). Il s'agit de confier au privé la construction d'infrastructures (hôpitaux, écoles, prisons) qui en assure ensuite la gestion. L'Etat doit souvent subventionner une partie de ces projets à but lucratif, alors qu'il n'est ni propriétaire des immeubles construits, ni destinataire d’une partie des recettes liées à leur gestion. Des rapports d'experts indépendants ont montré que les PPP coûtaient beaucoup plus chers aux contribuables que des services publics gérés par l'Etat et qu'ils offraient aux usagers des services de qualité inférieure (hôpitaux). Le gouvernement Blair vient récemment de reconnaître cet état de fait. Il est donc surprenant de voir la France adopter en ce moment ce système en tous points désastreux, sans que cela ne suscite de réaction importante de la gauche politique et des syndicats !
*Lien entre remises à l'emploi par des politiques "agressives" et la baisse du chômage :
-L'inactivité sociale et économique “coûte de l'argent”. Partant de ce constat que tout le monde accepte, le gouvernement britannique a mis en place depuis 1997 des politiques assez "agressives" de retour au travail (souvent vers des emplois précaires et mal rémunérés). Pour cela, il a durci les conditions d'indemnisation des chômeurs. Les propositions d'emploi faites au chômeur ne pouvent plus être refusées par celui-ci plus de deux fois sous peine de sanction (perte des allocations sociales).
-En réalité, ces politiques volontaristes (le New Deal, par exemple) visent avant tout à alimenter les secteurs qui requièrent une main-d'œuvre sous-qualifée et corvéable à souhait (les services en particulier). Les chiffres officiels montrent que ces politiques n'ont contribué à réduire le chômage que de 0,5%-0,75%.

En résumé, le "modèle britannique" loué par des journalistes pressés et des universitaires-idéologues, n'est pas, dans les faits, la solution miracle annoncée…

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Publié dans Hitzaldi - Conférence

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