Plus qu'écoutés nous devons être entendus!

Publié le par Alda

 par Jeannot Lastiri (*)

Etant abertzale je remarque que le mot abertzale est souvent un frein dans mon milieu de travail. En fait, je dois fréquemment apporter des explications complémentaires au terme abertzale. Les justificatifs que j'amène débutent par mon expérience person-nelle et s’achèvent par une présentation plus théorique et générale. En effet, mon père est réfugié de 1936 et de lui j'ai gardé la leçon suivante : "La violence d'où qu'elle vienne (des armes ou des gouvernements) ne résoudra pas les problèmes. Seule la parole donnée au habitants du pays et les écrits vont faire avancer le pays". En suite, il est important de définir l'abertzalisme par le fait de naître ou de vivre au Pays Basque et de défendre sa terre, sa langue ainsi que la place du Pays Basque en Europe via l'obtention d'institutions minimum… Enfin, il faut souligner le fait que toutes ces revendications passeront par l'utilisation de la démocratie et des urnes.
Au niveau politique Iparralde est souvent comparé avec Hegoalde. D’ailleurs, dans les pratiques politiques, le mimétisme que nous pouvons avoir avec Hegoalde ne joue pas à notre avantage. Nous avons d'autres façons d'avancer ... et notre réalité exige de nous plus de patience. D'autre part, le mouvement abertzale est ici très souvent cantonné à un rôle d'opposition : nous sommes écoutés mais pas entendus... Je me suis moi-même présenté dans une liste abertzale à Ustaritz et j’ai pu vivre les limites d'une opposition municipale de façon concrète.
Ne serait-il pas plus utile de négocier avant les élections des alliances permettant une participation plus efficace à la vie municipale au sein d'une majorité. Cela aiderait les idées abertzale à être plus écoutées et à la afin entendues.... Nous avons l'exemple de la ville de Biar-ritz, souvent étiquetée de ville bourgeoise. Le rôle des abertzale dans la majorité a permis d'enrichir la vie culturelle de la ville et de changer la réputation de cette dernière. Jakes Abeberry est maintenant adjoint au maire et quand il intervient au niveau d'un conseil municipal il est non seulement écouté mais entendu. Les idées abertzale peuvent ainsi plus et mieux progresser. On note d'ailleurs que des abertzale ont fait les mêmes choix dans d'autres communes.
Finalement, la gestion des affaires municipales, via l'intégration de majorités, permet d'acquérir la confiance de la population et de faire ses preuves. Il faut pour cela avant les élections réussir à négocier les objectifs à moyen-long terme (officialisation de la Chambre d'Agriculture  du Pays Basque, création d'un Département Pays Basque, etc.) et des parties de programme. La vie dans l'opposition ne permettant pas de faire avancer les projets autant qu’au sein  d'une majorité, les alliances sont un bon moyen pour montrer que les abertzale ont la capacité de traiter les dossiers municipaux et les affaires publiques.
Concernant mon engagement syndical, il y a 25 ans il n'y avait  pas l'option LAB en iparralde et la CGT étant la plus proche des salariés j'y ai adhéré. Actuellement l'offre syndicale proche des salariés étant plus diversiée, un jeune aber-tzale aura beaucoup plus de choix.
J'ai toujours considéré mon activité syndicale comme étant une très bonne façon d'acquérir les outils nécessaires pour améliorer l'action d'un abertzale. Il faut souligner que la vie d'un salarié ne s'arrête pas à la porte de son entreprise : le salarié doit se loger, se nourrir etc. Quand on défend les droits d'un salarié il est important de se tenir au courant des grands enjeux de la société dans laquelle on vit. L'action syndicale permet de découvrir les projets qui vont transformer la société, de multiplier les échanges entre salariés et de faire avancer les idées via la sensibilisation d'autres personnes. Actuellement tout jeune intégrant le monde du travail doit en profiter pour faire avancer ses idées, les partager avec les autres salariés… Une structure syndicale est là et sert pour aider l'implication de ses jeunes tant au niveau interne (dans l'entreprise) qu'externe (dans la société). La défense des droits des salariés dans l'entreprise, implique le partage de points-de vues. Cette pratique est une excellente école pour la défense des droits des habitants du Pays Basque que ce soit au niveau de conseils municipaux ou d'autres institutions. C'est la raison pour laquelle il n'est pas rare de voir les militants syndicaux s'impliquer au niveau politique.
Le monde syndical doit aider les salariés à vivre courageusement, à dire ce qu'ils pensent, à partager leur savoir et expérience… C'est une action nécessaire pour que la campagne de Batera puisse avancer encore plus. Il est très important de montrer aux gens qu'il existe des façons simples et pratiques de défendre leur droit et que l'organisation d'un référendum permet à toutes  les personnes (qu'ils soient pour ou contre la création d'un département) de mettre en pratique un droit.
Enfin, comme abertzale, j'ai aussi la très grande satisfaction de voir qu'au niveau de la CGT nous avons depuis près de 10 ans une pratique syndicale de plus en plus en phase avec le territoire Pays Basque. La CGT s'implique en tant que syndicat dans la Korrika, dans la réflexion globale et les tables rondes sur le logement, etc.

 

(*)militant abertzale et syndicaliste depuis près de 25 ans, délégué syndical CGT (majoritaire) à l'hôpital de Bayonne (3000  employés)

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