Abertzale et syndicaliste

Publié le par Alda

 par Dominika Daguerre

 

Ayant été une des personnes à l'origine de la création du premier syndicat abertzale au Pays Basque nord et donc de l'implantation de LAB en Iparralde. Je remercie Alda! de me donner l'occasion d'en rappeler les circonstances ainsi que les débats autour de cette création. J'en profiterai pour faire le point sur six ans de travail.
La création de LAB en Iparralde a été le résultat d'un processus qui s'étale sur plusieurs années.
Diverses expériences de groupes de réflexion (SUSTA, EHLE...) autour de la question sociale et de la nécessité de créer un syndicat abertzale autonome avaient déjà  eu lieu depuis la fin des années 1970. Ces tentatives n'avaient  jamais pu, pour des raisons diverses, déboucher sur la création d'une structure syndicale mais l'idée était dans l'air.
Plus récemment, de 1997 à 1998, plusieurs dizaines de personnes, regroupées au sein de l'association "Atxik", avaient  mené une réflexion sur l'outil le mieux adapté aux provinces du Pays Basque Nord pour lutter sur le terrain socio-économique.
En 1999, un groupe de travailleur-ses, pour la plupart ancien-nes membres d' "Atxik", reprenait l'initiative et avait alors sollicité le comité exécutif de  LAB afin de faire part  de leur souhait de créer une structure LAB en Pays Basque Nord, demande à laquelle le syndicat avait répondu favorablement.
En Avril 2000, deux assemblées générales - publiques et ouvertes - avaient rassemblé environ 80 personnes. A l'issue d'un débat, était décidé, la création d'un syndicat abertzale de gauche et, pour ce faire, le rattachement au syndicat LAB..
Pourquoi un syndicat en Iparralde ?
La création d'un syndicat en Iparralde correspondait  à un besoin double. Tout d'abord, la nécessité ressentie par les militant-es à l'origine du projet de créer un outil de défense des droits des travailleur-ses, pour agir eux-mêmes dans leur propre entreprise.  D'autre part, la volonté de beaucoup d'abertzale de travailler sur le terrain social, de prendre en compte les préoccupations quotidiennes des habitant(e)s du Pays Basque, notamment en tant que travailleur-ses avec ou sans emploi ; dans l'entreprise mais aussi en dehors, le terrain social étant entendu au sens large. De plus, pour nous un syndicat est un instrument de lutte qui doit oeuvrer à la définition et à la construction de la société dans laquelle nous souhaitons vivre, son cadre territorial étant le Pays basque dans sa totalité.
Ces deux motivations, très imbriquées ont évidemment conditionné le choix de créer un instrument spécifique au Pays basque, un syndicat abertzale; abertzale dans ses objectifs mais ouvert à tou-tes les habitant-es du Pays Basque pour peu qu'ils/elles en acceptent les principes et les objectifs. Les un-es et les autres avions tous-tes envisagé l'adhésion à un syndicat existant ou avions été affilié-es à la CFDT ou la CGT (certains l'étaient encore) mais aucun ne répondait totalement à notre projet dans sa globalité.
Pourquoi LAB ?
Le principe de la création d'un syndicat abertzale étant acquis dès le départ, la question était de savoir si nous devions créer une structure entièrement  nouvelle, c'est-à-dire un syndicat dont le cadre de travail aurait été le Pays Basque Nord, totalement indépendant - ou nous rattacher à un syndicat existant en accord avec notre projet. Après de nombreuses réunions entre les initiateurs du projet mais aussi avec différents acteurs politiques et sociaux travaillant en Iparralde ainsi qu'une série de réunions publiques ouvertes, la deuxième option avait été retenue et, après avoir écarté d'autres possibilités (un rattachement au Syndicat des travailleurs corses par exemple), nous avions décidé à une très large majorité de contacter le syndicat LAB pour envisager sa création au Pays Basque nord. Pourquoi LAB ? A l'époque, en tant que militant-es de la gauche abertzale, LAB, c'est-à-dire ses bases idéologiques, ses axes de travail et sa pratique syndicale, était le syndicat avec lequel toute la gauche abertzale (au sens large du terme) sans exception, s'identifiait.
Quel bilan après six années d'existence ?
Nous avons rencontré de nombreux obstacles. Certains prévisibles comme l'ostracisme de la plupart des syndicats de l'Etat français (qui pourtant, rappelons-le ne représentent que 8 % des salarié(e)s). D'autres liés à notre méconnaissance des règles archaïques et discriminatoires régissant la représentativité des syndicats. Mais aussi parce que les résultats immédiats n'ont pas été à la mesure de nos espérances. En effet, de manière sans doute un peu naïve, nous espérions  rencontrer une adhésion massive des militant(e)s de la gauche abertzale, et que notamment les abertzale syndiqué(e)s à la CFDT ou la CGT viendraient nous renforcer et investir leur expérience au sein de LAB. Ce qui n'a pas été le cas. De plus la création de LAB s'est bien malgré nous produite dans un contexte politique de division de la gauche abertzale (la scission d'AB), et certains ont interprété la création de LAB à travers ce prisme...
Malgré cela nous avons beaucoup travaillé et sommes aujourd'hui devenu un syndicat représentatif au Pays Basque Nord avec une participation de plus en plus importante dans les mobilisations. Nous avons créé des sections d'entreprises, organisé des secteurs (éducation,...), des unions locales et nous développons par ailleurs notre propre analyse et nos projets sur l'école, les transports, la santé... et participons à des initiatives visant à créer des contre-pouvoirs au niveau de l'ensemble du Pays Basque. Nous essayons de développer un syndicalisme alternatif et participatif prenant en compte la réalité sociale actuelle (le développement de la précarité, la marginalisation de beaucoup du monde du travail...) et locale (beaucoup de petites ou très petites entreprises, travail saisonnier...), qui s'inscrit clairement dans un mouvement mondial, anticapitaliste,  de construction d'un autre monde.

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