Transports au Pays Basque : sortir de l'impasse
Depuis plusieurs années, au Pays Basque, la question des transports défraye la chronique de manière permanente. Trans-navarraise et autoroute A63, débat ferroviaire et "Y Basque", visent à solutionner ce qui est souvent ressenti comme une contrainte forte : des échanges terrestres et maritimes en forte augmentation, avec pour corollaire des bouchons aux heures de pointe et une qualité de vie en berne.
Jean-Stéphane Devisse
La question des transports est évidemment complexe. Parce qu'effectivement, s'il s'agit d'une source majeure de nuisances, elle constitue également un secteur dominant avec trois millions d'emplois et 14 % du produit intérieur brut. Et cette position centrale dans l'économie ne facilite pas la mise en œuvre de solutions "durables".
Pourquoi transporte-t-on ? Pour échanger des valeurs. Quand on transporte des oranges en Suède, c'est à l'évidence parce qu'il n'en pousse pas là haut tandis que le consommateur en demande. Ce dernier est donc prêt à y mettre un certain prix, mélange de coût de production et de plus values, dont celle qu'empoche le transporteur.
Lorsqu'un conteneur de tee-shirts est débarqué de Shanghaï, c'est également parce que le consommateur en demande, et faute de production locale. Comme un ouvrier chinois coûte 25 fois moins cher qu'un salarié européen, on comprend bien que la motivation principale du transport, dans ce dernier cas, est le différentiel salarial, lequel situe assez précisément l'ampleur de l'équation à résoudre : si rien ne change d'ici 2025, entraîné par l'explosion des échanges mondiaux le transport trans-pyrénéen pourrait doubler, avec son cortège de poids lourds et de trains supplémentaires, de marées noires et d'infrastructures saturées.
Comment, dans ces conditions, transporter mieux, c'est à dire avec un minimum de nuisances ?
En obtenant une diminution de ces mêmes transports. A défaut de réduire les quantités transportées (on transporte invariablement depuis 40 ans environ 70 kg de marchandises par jour et par européen…), il faut tenter de réduire les distances, et le nombre des déplacements.
Une Europe sociale et écologique
Or, tant que la division internationale du travail ne sera pas freinée, certains auront toujours avantage à faire trimer les petites mains pour économiser les coûts directs. Relocaliser l'économie ne relève donc pas du sacro-saint "équilibre des forces du marché", mais d'une volonté politique : celle, par exemple, de construire une Europe sociale et écologique, et de renforcer les liens avec les seules régions du globe qui partageraient cette ambition. Ce sera long et difficile. En attendant, il est un secteur qui engendre une forte demande en transport (35 % du total à Biriatou) : les produits agricoles et alimentaires. Il est clair qu'une consommation de produits locaux, outre tous les avantages qu'elle présente, peut contribuer à diminuer le nombre de circulations. C'est donc bien une question stratégique au Pays Basque comme partout.
L'autre grand levier d'action, c'est le coût. Celui du pétrole en premier lieu. Prudence néanmoins : avec un quintuplement (!) du prix du baril, celui du transport d'un tee-shirt depuis Shanghaï augmenterait de… 4 centimes d'euro. Par contre, même avec une augmentation plus modeste, l'intérêt d'acheminer par la route des petites quantités d'un bout à l'autre de l'Europe diminuerait sérieusement pour de nombreux produits : outre l'abandon pur et simple du fret lourd et de peu de valeur au delà d'une certaine distance, on assisterait mécaniquement à un report sur le rail et le mode maritime, lesquels consomment et polluent considérablement moins à la tonne transportée ! L'introduction d'une écotaxe (pour lutter contre le changement climatique par exemple) produirait un résultat similaire : avantage au fer et à la mer, et diminution des poids lourds.
Faire durer les biens
Enfin, une partie de la solution provient de… nous même. Faire durer un bien (un vélo, une veste, etc) revient à le remplacer moins souvent, et donc à diminuer les livraisons. Même raisonnement pour ces dernières : exiger de se faire livrer un aspirateur en 48 heures chrono relève peut-être de la psychanalyse, mais certainement pas du développement durable. C'est aussi en infléchissant nos choix de consommateur que décroissance et diminution des transports s'allieront au bonheur de vivre dans un avenir préservé. Or, l'avantage de cette dernière mesure, c'est qu'elle peut être immédiate. "Il n'y a qu'à" la mettre en œuvre !
La finitude de la planète ne pouvant plus être ignorée, comment doit-on repenser le transport ou l'alternative au tout routier ?
Tout comme la contribution de Jean-Stéphane Devisse, vous trouverez dans les prochains Alda! des éclairages globaux sur le thème du transport (les limites du modèles actuels et les alternatives existantes, etc.).
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