Prix du pétrole et développement local
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Eric Mailharrancin, agrégé d’économie et de gestion
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Eric Mailharrancin apporte sa contribution à la réflexion d’Alda! sur le transport, disponible en format Dossier Spécial ou sur le blog d’Alda! Cette nouvelle réflexion sur le thème du transport traite plus précisément de l’impact de la hausse du prix de l'énergie sur le développement local.
Le prix du baril de pétrole ne cesse de flamber et le déséquilibre actuel entre une offre stable et une demande qui explose à cause du développement des pays émergents, laisse présager une augmentation régulière et durable des frais de transport.
Modification radicale des comportements
Les plus optimistes objecteront que le prix de l'essence a sensiblement baissé cet été, que le couplage avec le bioéthanol permettra de faire des économies substantiel-les. Cette baisse conjoncturelle n'est qu'une illusion sciemment provoquée par les pays producteurs et les multinationales pétrolières. Les robinets s'ouvrent de temps en temps pour augmenter l'offre de manière à endormir les consommateurs et empêcher une modification radicale des comportements. A quoi bon recourir au vélo ou aux transports collectifs si le prix du pétrole recommence à baisser ?
Il ne faut pas se fier à ces illusions et se préparer dès aujourd'hui à une ère d'énergie rare et coûteuse, compte tenu de l'épuisement accéléré des réserves mondiales de pétrole et de l'absence d'alternative crédible à court terme.
Conséquence sur les économies locales
Si cette nouvelle donne énergétique a des conséquences sur la mondialisation, elle n'épargnera pas les économies locales.
Depuis les années 60, l'essor de l'automobile a favorisé les migrations journalières entre la campagne et les centres urbains. L'activité économique s'est surtout concentrée dans les villes et leur immédiate périphérie pendant que les populations s'installaient de plus en plus loin à l'intérieur des terres. Ce phénomène est très marqué au Pays Basque où, chaque jour, de nombreux habitants du Pays Basque intérieur sont tributaires de leur voiture pour aller travailler sur la côte.
Rééquilibrage des activités économiques
Faute d'un rééquilibrage des activités économiques entre la côte et l'intérieur, maintes fois promis par les prospectives de développement 2000, 2010, 2020, et jamais réalisées, les activités économiques, industrielles et tertiaires sont toujours concentrées sur la côte et le proche intérieur. Parallèlement, l'inflation immobilière sur la côte a incité de nombreuses familles à s'implanter à l'intérieur où les coûts du foncier et de l'immobilier sont plus abordables.
Migration vers les entreprises de la côte
D'abord se sont peuplées les communes les plus proches de la côte : Bassussary, Arcangues, Ustaritz, Saint-Pierre d'Irube, Mouguerre… Ces dernières années, l'immobilier s'est développé plus loin à Briscous, Bardos, Haspar-ren, Itxassou… Malgré les efforts de certains Maires pour développer des zones commerciales et artisanales à l'intérieur, les habitants de leurs villages migrent chaque jour vers les entreprises de la côte et parcourent de plus en plus de kilomètres pour aller travailler. Ces déplacements grèvent leur budget et la hausse continue du prix du pétrole détériore leur pouvoir d'achat.
Il est probable que la hausse du carburant annihilera sous peu l'économie faite sur le prix de l'immobilier à la campagne et entraînera un regain d'engouement pour l'habitat en ville, plus près du lieu de travail. A titre de comparaison, un automobiliste qui fait cinq allers-retours par semaine entre Hasparren et Bayonne a un budget de déplacement minimum hebdomadaire de 60 €, ce qui correspond au prix de la carte orange donnant droit à un mois de transports collectifs dans la banlieue parisienne.
Déséquilibre zone côtière et intérieur
Si rien n'est fait, on risque donc d'assister à un nouveau dépeuplement de l'intérieur avec des conséquences préjudiciables sur la vie économique et associative, et une accentuation du déséquilibre actuel entre la zone côtière et l'intérieur des terres.
Pour limiter les risques en attendant l'essor d'énergies alternatives, il est indispensable de concevoir dès aujourd'hui un plan de développement des transports collectifs entre la côte et l'intérieur :
*Les lignes d'autobus actuelles sont insuffisantes et devraient être développées, notamment aux heures de pointe. Pour que l'autobus devienne attractif, il faudrait développer des formules d'abonnement qui le rendent moins cher. Un GIE constitué par les sociétés d'autobus rendrait cette solution envisageable. D'autre part, il est urgent de développer des voies de bus prioritaires afin que les autobus circulent plus vite que les voitures.
*La ligne de train Bayonne-Garazi doit être modernisée et devenir une voie de liaison rapide et quotidienne entre l'intérieur et le BAB.
Fixer les populations rurales sur place
Pour limiter les déplacements, il faut aussi encourager la création d'activités de proximité à l'intérieur du Pays basque. En effet, la hausse du prix de l'essence diminue la rentabilité des achats dans les hypermarchés de la côte et accroît l'intérêt de s'approvisionner auprès de petites structures commerciales aux prix plus élevés mais plus proches et donc moins coûteuses en frais de déplacement. Ce constat est également vrai pour tous les services. L'aide à l'agriculture et à l'artisanat, la création volontaristes de zones économiques à l'intérieur doivent compléter le dispositif destiné à fixer les populations rurales sur place.
Il est regrettable qu'une telle politique économique n'ait pas été suffisamment développée par le passé, car les entreprises subissent aussi de plein fouet la hausse du coût du transport, ce qui risque de favoriser encore plus leur implantation dans les zones de forte concentration de population, et d'aggraver les déséquilibres locaux.
Se montrer volontariste
Les élus locaux, et le conseil général en particulier, doivent se montrer volontaristes et réfléchir d'urgence à un système cohérent de transports collectifs à l'échelle du Pays Basque tout en favorisant le développement d'activités en zone rurale, de manière à limiter ces migrations journalières de masse vers la côte, économiquement coûteuses et préjudiciables pour l'environnement.
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