Abertzale et syndicaliste
par Pierre “Mô” Nouquéret
Syndicaliste CGT aux Impôts
Rechercher sinon l’unité syndicale, au moins l’unité d’action
Etabli en Euskal Herri, je n'en suis pas originaire ; j'ai toujours côtoyé ce Pays, mais cela fait seulement cinq ans que je vis ici.
Reconnaissance statutaire
"Basquisant" pour certains, abertzale pour d'autres, je me trouve dans une posture que je ne revendique pas. Toutefois, dès lors que l'on considère légitime, voire incontournable la revendication nationaliste comme moyen pour les Basques d'accéder à une reconnaissance statutaire indispensable au respect d'une identité, on est forcément positionné. Le déni dont sont victimes les Basques justifie mon implication dans des initiatives portées par le mouvement abertzale.
Défense et conquête de droits collectifs des salariés
Côté syndical, mon engagement procède de ma condition de travailleur salarié ; le syndicalisme, c'est pour moi en priorité la défense des droits collectifs des salariés et la conquête de droits nouveaux. J'ai fait le choix de la CGT parce que ses analyses et ses orientations sont globalement conformes à mes représentations des rapports sociaux dans le monde du travail et à la façon dont on doit intervenir en tant que salarié.
Pourquoi le choix d'un syndicalisme français ? Très simplement parce que les droits à défendre ou à conquérir dont je parlais plus haut, se bataillent pour partie au niveau de l'entreprise, mais ils relèvent plus généralement d'accords de branche, ou tout simplement du droit du travail ; le cadre d'application des règles qui régissent le travail demeure largement national au sens des états constitués. En ce qui me concerne, c'est d'autant plus évident puisque que je travaille dans une administration qui relève de la fonction publique d'état.
Deux droits nationaux exogènes
Le champ d'application géographique du droit justifie historiquement la structuration du mouvement syndical en organisations nationales ; or, du point de vue de la territorialité, le syndicalisme abertzale est tout à fait singulier car il s'est donné pour cadre un espace où s'appliquent deux droits nationaux exogènes, le droit français et le droit espagnol.
Cette situation particulière a des conséquences qu'on ne peut passer sous silence, dans la mesure où elles pèsent sur l'activité syndicale locale.
Ostracisme contre le syndicalisme abertzale
En 2001, les principales organisations syndicales françaises dont la CGT, ont signé une "Déclaration commune pour les libertés et contre le terrorisme", texte par lequel les signataires s'engagent, entre autre, à frapper d’ostracisme le syndicalisme abertzale.
Les motivations de la CGT à signer ce texte sont loin d'être claires, et le débat sur cette question demeure localement assez sensible. A l'époque, cette signature a contribué à donner à la CGT la touche de respectabilité nécessaire pour pouvoir intégrer la CES (Confédération Européenne des Syndicats) ; le caractère politique de la démarche abertzale est aussi mise en avant pour justifier son invalidation dans le champ syndical.
Constitution de structures propres à Euskal Herri
De fait, la motivation du syndicalisme aber-tzale est éminemment politique puisqu'il s'inscrit dans une démarche de constitution de structures propres à Euskal Herri, contribuant ainsi à donner une consistance à une entité géographique.
Nationalisme établi
Cela étant, ma conviction sur les motivations réelles de mes camarades cégétistes, est qu'el-les relèvent tout simplement d'un nationalisme établi puisqu'il est celui d'un état constitué, heurté par l'émergence d'un nationalisme revendiqué et de surcroît, sur leurs plates bandes ; il est en effet éloquent que la CGT ait eu par le passé des contacts avec LAB dans le cadre "international" pour finalement découvrir leur filiation avec le terrorisme après que ce syndicat se soit implanté sur le territoire de l'état français.
Au moins l’unité d’action
L'action syndicale, c'est aussi rechercher sinon l'unité syndicale, au moins l'unité d'action, car nos seules forces pour promouvoir les droits des salariés, sont le nombre et la détermination. Pour les adhérents des syndicats français, et pour ceux de la CGT en particulier, la révision du positionnement de leurs Confédérations respectives sur le syndicalisme aber-tzale doit demeurer ou devenir un objectif.