Créativité et militantisme au service de la solidarité
Patxi Queheille, membre du CA du Festival Euskal Herria Zuzenean (www.festival-ehz.com)
Créativité et militantisme
au service de la solidarité !
Du 29 juin au 1er juillet se déroulera à Idaux Mendy
le Festival Euskal Herria Zuzenean 2007
A six semaines du début de l'évènement, Alda! a interviewé Patxi Queheille, membre du CA du Festival Euskal Herria Zuzenean.
Allant de l'historique du Festival aux défis de la nouvelle génération d'organisateurs, Patxi nous présente avec beaucoup d'enthousiasme les caractéristiques de l'édition 2007 d'un festival EHZ qui s'enracine de mieux en mieux en Soule !
A près d'un mois de la nouvelle édition du Festival EHZ, peux-tu nous faire un mini-historique de ce festival ?
Le Festival Euskal Herria Zuzenean en est à sa 12e édition. Il a été créé en 1996. Son objectif dès le départ a été de mettre en avant la culture basque, de tisser des liens entre la côte et l'intérieur, de contribuer au désenclavement de l'environnement immédiat du site du Festival et d'offrir de grands concerts et de la musique à des prix abordables. Le tout a été fait en mettant toujours en avant auprès des festivaliers les valeurs de bénévolat et de solidarité.
Après 8 éditions à Arrosa, depuis 2004 le festival se déroule en Soule.
Quand et comment es-tu tombé dans la "marmite du Festival" ?
En fait, je ne suis pas issu du monde abertzale. Mon père est bascophone par contre ma mère ne parle pas l'euskara. A l'âge de 17 ans j'ai découvert la 2e édition du Festival à Arrosa : à l'époque c'était l'offre musicale du Festival qui m'avait attiré. Cela a été pour moi une excellente façon de découvrir le Pays Basque. Tous les a priori sur ce pays ont sauté. De simple participant festivalier les deux premières années je suis devenu durant trois ans bénévole classique (avec les 5 tours de travail… permettant de faire la fête pendant 3 jours !!).
Petit à petit je me suis plus impliqué dans les Assemblées Générales. Etant moi-même souletin, j'ai commencé à mettre en avant l'intérêt du rapprochement du Festival avec la Soule. Je suis d’ailleurs rentré au CA du Festival la première année d’implantation de ce dernier en Soule !
Actuellement quel bilan fais-tu du parcours d'Euskal Herria Zuzenean en Soule ?
Le changement de site du festival en 2004 et donc la venue à Idaux Mendy a permis de montrer la force d'Euskal Herria Zuzenean. Années après années, en seulement 3 éditions souletines on a pu sentir le renforcement d'un vrai amour du Festival de la part de la Soule.
Ainsi, le monde associatif souletin s'implique dans le Festival de même qu'un bon groupe de festivaliers du coin.
D'autre part, à Idaux Mendy, tout le public a l'occasion d'apprécier la particularité de la culture basque de Soule.
On peut donc dire que le nouveau site correspond parfaitement à l'esprit qui a poussé à la création du Festival !
Intégrer dans les routines des festivaliers des pratiques avant-gardistes pour un festival (consommation bio ou locale, tri des déchets,…) a été la particularité d'EHZ… Quelles sont les nouveautés 2007 ?
Pendant les 3 jours du Festival EHZ, on met en avant des produits de qualité (locaux, bio, etc.). Euskal Herriko Laborantza Ganbara et l'association BLE nous ont aidés dans ce domaine. Des pratiques telles que le tri, mais aussi la participation (visite de stands d’exposition et débats ouverts aux festivaliers) sont aussi soutenues...
Le Festival essaie d'être en avance sur les habitudes des gens. Nous avons toujours voulu faire des festivaliers des "consommacteurs". Le festivalier ne se limite pas à consommer des produits locaux ou bio. Il s'informe (via les stands ou tables d'expositions thématiques sur le site ou à la conférence du dimanche matin) et participe au tri de ses déchets.
Enfin, dans les nouveautés 2007 on trouvera :
*La généralisation du système de Baso Berri (verre en plastique dur, incassable et donc réutilisable) : plus aucun verre en plastique ne sera distribué afin d'éviter la production de déchets massifs. En 2007 nous allons donc sensibiliser à grande échelle à la préservation de l'environnement en stimulant ce geste responsable.
*La mise à disposition d'un kit incluant un préservatif masculin et un féminin, un Baso Berri, un alcootest et une antisèche en basque pour que l'euskara soit de plus en plus utilisé comme langue de communication courante sur le site du Festival…
*Une campagne d'information sur les OGM (via une conférence, des panneaux d'information sur le site, etc.).
Quelles initiatives ont vu le jour en Iparralde ou ont été renforcées ces 10 dernières années grâce à l'existence du Festival?
Tout d'abord, il faut souligner que le Festival fonctionne tout le long de l'année sous forme de commissions de bénévoles qui sont responsables de projets. Ainsi, le Tremplin permettant à différents groupes de musique d'avoir une chance de participer au Festival organise 4 demi finales (trois en Iparralde et une au Sud) ainsi qu'une finale (à Biarritz). Cela permet de faire vivre le festival et la musique tout le long de l'année.
D'autre part EHZ est une école du militantisme. Tout bénévole apprend à s'organiser, discuter, se remettre en question, prendre des responsabilités, faire face à des moments de désaccord et de tensions, se réunir, faire des compromis, etc. dans le but d'atteindre les objectifs souhaités/fixés par l’ensemble.
De plus, durant un certain nombre d'années, le festival a réussi à être une source de financement des associations, mouvements ou projets comme Herrikoa, Askatasuna, Aldudarrak Bideo, Le Journal du Pays Basque, Integrazio Batzordea, etc.
Et, pour finir, même s’il n’est pas facile de mesurer les impacts directs d’EHZ, le fait de mettre en pratique des expériences comme Baso Berri avec des milliers de festivaliers "jouant le jeu” et se conscientisant par le même biais, rend plus crédible la généralisation de gestes responsables tout le long de l’année.
La langue basque (les droits linguistiques) et les prisonnier-es basques sont deux thèmes bien présents durant le festival et qui sont reliés aux revendications abertzale. Quels sont d'autres thèmes ou pratiques abertzale travaillés durant le Festival ?
Une des caractéristiques importantes du Festival EHZ est qu’il est encore le fruit du travail en commun d’abertzale de toutes tendances.
Dans le registre “Zazpiak bat”… depuis quelques années nous comptons sur la collaboration de bénévoles du Sud qui viennent avec Topagunea(*).
Cette année l'initiative Milaka Bilaka (www.milakabilaka.org) sera présente dans le site du Festival et permettra de relier EHZ à l'actualité du Pays Basque en présentant aux festivaliers cette volonté de mettre en place un processus démocratique et un accord pour amener une paix durable au Pays Basque ! Ce sera une façon de montrer que l'avenir d'Euskal Herria doit être une décision des citoyen(ne)s du Pays Basque.
Depuis qu'on est en Soule un travail d'information thématique est effectué pour la défense des droits des femmes.
Pour finir, on a toujours un espace dédié aux stands d'information qui mettront en avant les différentes luttes existant au Pays Basque. Je peux souligner le traitement particulier qui sera donné à la question du logement et du développement du territoire au Pays Basque. Thème d’une conférence qui comptera sur la présence de LEIA et du CADE (collectif des associations de défense de l'environnement).
Quels sont les nouveaux défis que doit relever le Festival et la nouvelle génération qui est en charge de son CA ?
Le Festival doit en permanence faire face aux défis à relever avec toujours plus de créativité. Chaque année, le bilan de l'édition précédente nous permet de mettre au clair les faiblesses ayant pu apparaître dans notre organisation et d'apporter pour l'édition suivante les ajustements nécessaires.
Ainsi, pour faire face aux travaux de montage qui précèdent le début du Festival, nous comptons sur une initiative portée par un souletin qui est en train de monter des équipes locales pour que tout se passe correctement en 2007 !
Soit dit en passant, les entreprises locales apportent un grand soutien que ce soit via la collaboration d'entreprises de transport ou le travail d'équipe d'un groupe d'artisans pour le montage des 4 km de barrières ! C'est impressionnant de voir les coups de mains aussi sincères qu'efficaces qui sont apportés et ce que les souletins sont prêts à donner pour le Festival…
On facilitera l'accès à la Soule via de nouvelles navettes gratuites (de Pau, Orthez et Oloron) pour les festivaliers ayant acheté le forfait 3 jours. Même pour ceux qui viendront pour une journée, il sera possible d'utiliser ces navettes à 5€. Ces navettes permettent non seulement d'attirer plus de monde, mais aussi évitent l'utilisation de voitures diminuant ainsi les risques d'accident et les problèmes liés à l'environnement !
Enfin, contrairement à la fin des années 90, l'offre de festival de musique amplifiée a beaucoup grandi ces dernières années. Les budgets mis en place pour organiser ce genre de festival (tant au niveau de l'infrastructure que des groupes invités) sont beaucoup plus importants que ceux du Festival EHZ.
A Euskal Herria Zuzenean, plutôt que de mettre en avant les noms de sponsors (permettant le financement d’énormes budgets), nous voulons continuer à mettre en avant l'euskara, les réflexions portées par l'altermondialisme et le comportement militant des groupes de musique qui participent au Festival.
(*)www.topagunea.org : fédération d'associations animant des lieux d'échange et de rencontres exclusivement bascophones dans le but de multiplier les occasions de vivre et de faire vivre la langue basque.