Comment marier son engagement syndical et ses convictions abertzale

par Jean-Michel Harostéguy
Quelles ont été vos premières relations avec le monde syndical ?
L'exemplarité et la détermination de délégués syndiqués CGT m'ont motivé à participer à une première grève. Par la suite, j'ai rapidement eu des propositions pour m'impliquer et me présenter comme délégué du personnel CGT pour les jeunes embauchés.
Quels sont les outils apportés par l'action syndicale ?
Le choix d'une structure syndicale permet de bénéficier de la solidarité de la part des collègues syndiqués ainsi qu'un partage d'expérience. Comme l'engagement syndical d'un nouvel employé limite les évolutions internes dans l'entreprise, la solidarité de la structure syndicale est importante.
D'autre part, comme délégué au Comité d'Entreprise j'ai 16 heures par mois à ma disposition pour préparer les réunions. Les heures non utilisées sont mis en "pot" pour essayer de libérer à temps plein certains cadres de la CGT.
Pourquoi un abertzale s'engage à la CGT ?
La CGT représentait une structure forte et visible dans mon entreprise et elle avait des propositions concrètes pour les salariés et une vision politique globale que je partageais. D'autre part, la diversité des militants de la CGT (de nombreuses sensibilités de gauche et quelques abertzale y sont présentes) et l'ouverture de ses cadres m'a renforcé dans mon choix.
Pourquoi ne pas avoir fait le choix du syndicat LAB ?
Avec 5-6 ans d'ancienneté, il ne me semblait pas réaliste de mettre en place une structure syndicale dans une grande entreprise. Je ne me voyais pas partir de 0 pour bâtir un syndicat abertzale… J'aurai plus facilement adhéré au projet dans mon entreprise si un groupe de syndicalistes expérimentés et maîtrisant les rouages du fonctionnement syndical s'était détaché d'un syndicat français pour créer un syndicat abertzale.
De plus, "nouveau" venu dans l'entreprise, à peine ayant fait le choix de l'engagement syndical, le fait de mettre en avant une structure abertzale dans une entreprise liée à l'armée me semblait être un chantier peu productif à court terme. Les élections prud’homales qui se sont déroulées à la même époque ont montré que mes hésitations étaient partagées par de nombreux autres salariés de Dassault. Seuls 11 voix (dont la mienne) sur les 1030 salariés ont été pour le candidat de LAB.
Enfin, ne maîtrisant pas suffisamment la langue basque, je me suis aussi senti mal outillé pour convaincre les travail-leur(se)s syndiqués bascophones mais opposés aux abertzale à voter et s'engager pour un syndicat abertzale.
Comment pensez-vous à l'avenir "marier" les convictions abertzale avec l'engagement syndical ?
Petit à petit je sens que les responsables syndicaux allergiques aux propositions des abertzale et à tout ce qui touche la défense des droits humains dans le cadre du Pays Basque se raréfient.
Ainsi, les gens ont des positions moins arrêtées sur le département, la reconnaissance de la langue basque et le rapprochement des prisonniers.
La société civile change et la thématique abertzale étant plus présente dans les journaux, elle est abordée aussi au sein de l'entreprise... et dans notre structure syndicale aussi.