Notre temps n’est pas une marchandise(1/2)

Publié le par Alda

Caroline (*)




Pascal (*)


Faire du dimanche un jour comme les autres ?

Dans un article du 27 novembre 2008, Libération recense trois principaux éléments du débat sur le travail dominical en ces termes : "les français sont-ils favorables à l'ouverture des magasins le dimanche ?", "l'ouverture des magasins le dimanche permet-elle d'augmenter la croissance, en augmentant la consommation?", "le travail dominical crée-t-il des emplois, en détruit-il ? En crée-t-il plus ou moins qu'il en détruit?". Gain ou dommage pour le pouvoir d'achat et l'emploi : les termes du débat sont souvent ceux des économistes libéraux.

Plus vaut plus ? Moins vaut moins ?
En fait, la question du travail du dimanche ne peut se réduire à celle d'une mécanique simpliste d'"extension du travail" à tous les jours de la semaine. D'ailleurs,  si le gouvernement n'a pas (encore) pu faire du dimanche un jour comme les autres, c'est bien parce que les  valeurs accordées au temps et au travail ne se mesurent pas seulement en termes économiques. Les transformations du temps de travail affectent dans leur globalité les modes de vie des travailleurs(ses). Ainsi, le débat sur le travail dominical nous montre que la question du temps de travail dépasse la question de travailler moins / travailler plus (ou bien gagner moins / gagner plus). 

Simple querelle de valeurs ?

Ce débat prend la forme d'une querelle idéologique : tradition contre logique libérale, valeurs sociales contre compétitivité économique. Mais s'arrêter aux valeurs religieuses, familiale, sociale (celles qui justifient un dimanche chômé) et valeurs des économistes libéraux  (celles qui s'opposent au dimanche chômé) pose problème. Car il faut se poser une autre question : peut-on accepter que dans la vie d'un individu les rythmes sociaux soient calqués sur un temps capitaliste du travail, ou bien doit-on distinguer des temps de vie différents, et cultiver cette différence ? La logique économique libérale suppose que le temps au travail n'influe pas sur le temps du hors-travail. Il n'en est rien : le temps de travail a des répercussions sur le temps du hors-travail. Ainsi, s'opposer au travail du dimanche ne peut constituer un garde-fou suffisant face à la colonisation de nos vies par la vision capitaliste du travail.
Ce que nous proposons, c'est de dépasser l'opposition tradition/économicisme sur la question du travail dominical, affirmant que les deux positions relèvent de la même vision mécaniste du temps.
Trop souvent, le débat se réduit à examiner des sondages faits auprès des citoyens(nnes) et des prospectives du Conseil d'Analyse Economique car il est perçu comme relevant simplement de l'économie. Si cette perception était fondée, valeurs familiales et valeurs libérales ne sont pas incompatibles. Par exemple, le principe du volontariat individuel, cher à la théorie économique, et celui des valeurs religieuses et familiales ne s'opposent pas. Chacun, dans ce monde du libéralisme économique, est libre ou non de travailler le dimanche. Les opposants(es) au travail du dimanche peuvent toujours ne pas travailler.

Réinventer le Temps de Travail

Le débat sur le travail dominical est en fait une formidable opportunité de repenser l'économie comme étant encastrée dans le social. Pour cela, il nous faut précisément révéler ce qui aujourd'hui nous permet de penser séparément l'économique et le social. On voit alors que la question du repos dominical n'est pas une question de valeurs comme les autres. Ce débat est une occasion de penser conjointement le temps de travail et le temps de loisirs, plutôt que comme étant l'inverse l'un de l'autre. Il est aussi une question de temps de travail, qu'il faut prendre à bras le corps, et faire entendre que le "travailler moins" est aussi un refus de la colonisation de toutes nos vies par l'idéologie du travail. (Suite au prochain Alda!)


(*) Caroline et Pascal , étudiant(e)s en anthropologie, sociologie et économie animeront 3 ateliers en Iparralde :

Et si les arguments actuels sur la réduction du temps de travail n'étaient pas naturels, n'allaient pas de soi ? Et si le travail capitaliste nous avait imposé une certaine vision de la société et même du temps ?
Le jeudi 7 mai à 20h30 au Gaztetxe Bota de Saint-Just-Ibarre.
Le vendredi 8 mai à 10h00 à la Fondation Manu Robles-Arangiz, 20, rue des Cordeliers dans le Petit Bayonne.
Le vendredi 8 mai à 17h00 à la Fondation MRA, atelier co-organisé avec la Coordination Etudiante et Lycéenne.

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