“La culture est là pour passer un message”
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par Mathieu Vivier, étudiant en Master II de Développement culturel de la ville
Réflexion à partir de "Naizena ez naiz",
spectacle créé et porté par de jeunes danseurs et musiciens
faisant vivre la tradition basque dans un esprit de révolte
contre la normalisation et l'individualisation
Cela fait plus d’un an que le spectacle “Naizena ez Naiz” des jeunes de Leinua a commencé ses représentations (plus d’une quinzaine à ce-jour).
Alda! a interviewé Mathieu Vivier un des principaux porteurs et acteurs du spectacle.
Voici un éclairage spécial qui permettra de mieux connaître et comprendre le rôle de la culture et de la tradition basque selon ces jeunes du BAB et des environs d’Hiriburu.
Mathieu, peux-tu nous présenter ton parcours en quelques lignes ?
Je suis de Villefranque, j’ai 22 ans, et suis membre du groupe de danse Leinua Konpainia depuis une quinzaine d’années. Après avoir étudié en sociologie pendant trois ans à Bordeaux, j’ai effectué un Master I dans la continuité à Bilbao et suis actuellement en Master II de “Développement Culturel de la Ville” à Nantes pour me former aux professions de la culture (service culturel municipal, gestion d'établissement culturel, direction de projet, etc.).
Que représent pour toi les 15 années à Leinua ?
En fait je suis tombé dans la marmite dès mon enfance. Je fais partie de la première génération ayant suivi des cours de danse. Cette génération a donné naissance, au bout de 15 ans, à la compagnie Leinua et au spectacle “Naizena ez naiz”. Le nombre de répétition assumé par les membres (entre 17 et 22 ans) qui sont pourtant tous étudiants (ici ou ailleurs) et pour certains jeunes salariés au Pays Basque est assez exigeant (allant jusqu’à deux répétions par WE)... Mais depuis toujours on a su allier l’utile à l’agréable en faisant de nos cours ou de nos répétitions de danse des moments de convivialité et d’échange qui font que le plaisir a toujours été de la partie !
Avez-vous utilisé d’autres recettes pour durer ?
A Leinua on a toujours eu une dynamique collective forte. Comme j’étudiais au Pays Basque jusqu’à l’année dernière, j’ai assumé la présidence de l’association, mais j’ai passé la main cette année sans difficulté car je suis moins présent sur le terrain. Dans l’association on a a l’habitude de se relayer pour que chacun trouve sa place tant dans le collectif qu’au niveau personnel. Faire partie de Leinua nous marque tous de façon positive : on fixe et atteint les objectifs ensemble, on se tient pour y arriver... Et les résultats vont au-delà de la vie associative : on a tous eu de nombreux choix pour poursuivre nos études... grâce à tout ce que la vie et les projets menés à Leinua nous ont apporté !
Comment est né “Naizena ez naiz”?
Sur le fond du message de “Naizena ez naiz” peut être associé à une critique de la société normalisée par les formes dominantes. Ce spectacle est aussi une réflexion sur les conséquences de l'individualisation de la société.
Pour cela on a réfléchi à ce qui est propre à la culture basque et les effets de la société globale (soit l’individualisation et la normalisation) ! “Naizena ez naiz” ou “Je ne suis pas ce que je suis”est une façon de montrer que dans les sociétés modernes on ne connaît pas son voisin et on finit par être ce que la société veut que l’on soit ! Pour ce spectacle, on a réfléchi à ce contrôle des formes de vie et à l’imposition des normes. On a comparé la forme de socialiser, la vie du village, des “cuadrilla”, etc. du Pays Basque avec une normalisation portée par la société américaine ou dominante. Des lectures nous ont aidé et en ce qui me concerne celles du sociologue Pierre Bourdieu.
Dans quelle mesure la danse basque et la vivacité et la force la culture basque offrent des moyens actuels pour passer des messages ?
La question montre un constat négatif. Pour nous, la culture est là pour passer un message, s'interroger sur la vie, la société, l’évolution humaine… La danse est un des volets importants de la culture basque un des signes de l'identité basque et bien sûr elle permet de passer des messages !
C’est pour cela que nous avons collectivement fait des choix sur les symboles, les moyens de passer le message (pas de danse de telle ou telle province basque), la musique (traditionnelle ou notre propre création), la participation des musiciens et danseurs dans l'évolution théâtrale du spectacle, la chorégraphie en collectif, etc.
“Naizena ez naiz” est en fait une réflexion sur la tradition tant par sa trame chorégraphique que musicale. On a échangé pour cela avec des spécialistes qui nous ont transmis leur savoir et leur savoir-faire sur les danses basques ! Nous avons assimilé différents pas de danse et nous nous sommes mis à faire des combinaisons à notre goût. On a volontairement fait le choix de travailler notre savoir faire traditionnel pour créer à partir de là !
Quels ont été les premiers résultats ?
Dès la première année on a été au delà de nos espérances : plus de 15 dates ont été confirmées cet été et on a du refuser tout autant d’invitations faute de temps ! Notre but a été d’enrichir tout notre travail créatif par les réflexions et échanges qu’on a pu avoir lors de la mise en place du spectacle ! Tous ces échanges collectifs nous ont permis d’aller beaucoup plus loin dans nos propres réflexions personnelles ! La convivialité (se réunir autour d’un verre ou d’un repas) a été présente dans les différentes phases du travail. On s’est imaginé durant les répétitions ce que serait le fait de passer une saison ensemble, de participer comme acteurs à de nombreuses fêtes, etc. Dès le premier spectacle les échanges qui ont eu lieu ont dépassé nos attentes.
Pour finir, peux-tu nous présenter quelques moyens concrets qui ont favorisé le partage de votre message ?
En fait, on a publié sur internet via “Myspace” la présentation de notre compa-gnie et on a distribué lors des spectacles un fascicule présentant le fil conducteur de “Naizena ez naiz” et aidant à comprendre le choix du cadre actuel du spectacle (arrêt de bus) et les différentes danses traditionnelles basques. On toujours essayé de donner une lisibilité plus grande au spectacle car parfois, sans explication on ne peut pas savoir ce qu'a voulu faire passer l'auteur... Nous on a préféré donner un bagage minimum pour que le public accompagne notre réflexion ! Ainsi à chaque “étape-arrêt de bus” un thème (individualisation, normalisation, etc.) est traité.
Enfin, pour ne pas se limiter pour des questions budgétaires les costumes sont soit trouvés à Emmaus, soit de confection maison. On a conçu le specacle comme un spectacle de jour (sans dépendre de l’éclairagen, etc.) ! Tout a été fait pour être dans la rue au contact des gens pour leur amener la danse et la culture basque, leur amener, pour certains, une facette de leur monde perdu !
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