La “RSE”, progrès ou escroquerie ? (1/2)

Publié le

Alda-32---Jean-Joel-Ferrand.JPG

par Jean-Joel Ferrand

(Article de la série “Entreprise, mon amour”) 

La “Responsabilité Sociale et Environnementale”... en deux mots.

L'entreprise, une machine à faire du profit.
Longtemps, la cause était entendue : le but de l'entreprise était le profit. Certes, la recherche du profit est égoïste, certes tout altruisme est exclu des pratiques économiques... mais la "main invisible" du marché qui oriente les comportements permet à la poursuite de l'intérêt individuel de servir l'intérêt collectif. Tant que ce raisonnement était admis, la recherche du profit était légitime de la part de l'entreprise.
L'entreprise n'était pas pour autant nécessairement immorale: il était dans son intérêt de respecter la loi pour éviter des sanctions, de bien traiter ses salariés pour éviter des frais de turn-over, de ne pas trop polluer pour conserver une bonne image... et on sait depuis Adam Smith que c'est d'abord par intérêt égoïste que le boucher sert bien son client : il espère que celui-ci reviendra !
Cette définition était compatible avec un certain interventionnisme. Le  marché connaît en effet des limites, admises par une bonne partie des libéraux : il prend mal en compte l'environnement, ignore les produits non facturables, il ne résout pas les questions sociales...
On pouvait alors admettre que l'état réglemente, se préoccupe d'environnement, assure une protection sociale ou des services publics... et les entreprises de leur côté travaillaient à leur manière à la satisfaction générale, en recherchant le profit sans trop d'états d'âme.
Satisfaire des parties prenantes ?
Depuis une quinzaine d'années, se développe un nouveau discours de l'entreprise sur elle-même.
Son objectif ne serait plus le seul profit des propriétaires, mais la satisfaction d'un certain nombre de "stakeholders" ("parties prenantes"). La mission de l'entreprise serait alors de satisfaire les actionnaires, les clients, mais aussi les salariés, les fournisseurs, les pouvoirs publics, les voisins et toute la "société civile" (dont les ONG bien sûr).
Le terme magique de "Responsabilité Sociale(1)  et Environnementale" des entreprises fait florès, souvent associé aux notions de développement durable et d'éthique avec lesquels il a partie liée. La "RSE", c'est  une démarche volontaire appuyée sur des critères environnementaux, sociaux, économiques de "gouvernance", donnant lieu à force codes, chartes et autres déclarations de bonnes intentions. Les entreprises qui se piquent de RSE vont publier des indicateurs certifiant leurs efforts dans les domaines cités. Elles développent en interne un discours assez amusant sur le mode : "être éthiques et responsables, c'est très bien moralement. En plus, c'est bon pour les affaires… et de toute façon, on n'a pas le choix".
Le capitalisme soucieux de s'amender ?
Certains aspects de cette "théorie" peuvent prêter à sourire. Présenter la satisfaction des clients comme le résultat d'un souci éthique, citer les actionnaires à égalité avec de nombreuses parties prenantes en oubliant la base financière du capitalisme peut sembler hypocrite. Et il faut voir comme les rapports sur la RSE présentent le paiement de taxes et d'impôts comme le summum du civisme pour les entreprises...
Deux facteurs liés peuvent expliquer la vogue de ce type de discours :
Ödans la société, une montée de la critique du capitalisme depuis les années 1990
Ödans le système, la visibilité des tares du capitalisme financier : vision à court terme, parachutes dorés, rapacité, délocalisations et patrons voyous.
Et c'est dans ce contexte que l'on entend parler d'éthique et de responsabilité...
La RSE peut-elle servir de point d'appui à ceux qui croient qu'un autre monde est possible ?
S'agit-il d'une victoire partielle des mouvements sociaux ?
La suite dans la deuxième partie!

(1) Ou Sociétale, c'est plus flou et plus chic !

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article