L’action politique: entre le court terme, le moyen terme et le long terme
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par Philippe Corcuff (*)
Introduction à une philosophie politique radicale...
ou tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la stratégie
et que vous n'avez jamais osé demander !
ou tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la stratégie
et que vous n'avez jamais osé demander !
Le débat sur la stratégie abertzale est souvent d'une grande complexité.
Pour tous ceux et celles qui veulent mieux comprendre les différentes dimensions d'un combat qu'il soit abertzale, social ou politique, Philippe Corcuff, sociologue et intellectuel politique de grande qualité animera une journée spéciale de formation le samedi 2 février prochain à la Fondation Manu Robles-Arangiz à Bayonne.
Nous en présentons ici le contenu de manière assez détaillée afin qu'aucun(e) militant(e) -et spécialement les plus jeunes- ne passe à côté de cette occasion exceptionnelle qui a tout pour apporter beaucoup dans un parcours personnel ou collectif.
Présentation générale du stage
Cette journée de formation est une introduction au Comment ?, et pas au contenu de telle ou telle position.
Il s'agit de voir comment on arrive à tel ou tel choix tactique (sur les élections, ou sur la question département / autonomie, sur la manière de concevoir tel Festival, telle lutte contre la 2X2 voies ou la ligne nouvelle TGV, telle campagne en faveur de l'euskara dans la signalétique ou telle pratique de commerce équitable, ou encore sur telle forme d'action violente ou non-violente, par exemple) ; comment on lie nos repères à moyen terme (le stratégique) et les actions à court terme (le tactique).
Bref, il s'agit d' offrir à chacun des ressources pour être davantage autonome dans la détermination de ses positions et dans les débats, plutôt que d'être trop dépendant des modes, des changements de circonstances ou encore d'un suivisme à l'égard de ceux qui parlent plus fort ou qui "brillent" le plus.
Pour cela, Philippe Corcuff a décomposé les choses en trois grandes parties :
1) les rapports entre le pragmatisme et l'utopie ;
2) les rapports entre la tactique et la stratégie ;
3) l'attitude face à la question du pouvoir.
A chaque fois, il lit de courts extraits de textes de grands auteurs politiques, philosophiques, sociologues (à titre d’exemple nous publions un texte de Max Weber en page 7) puis il les commente et enfin engage une discussion avec les participants pour clarifier les points obscurs ou à apporter des exemples de situations précises pour rendre plus concret le propos.
Le stage se déroulera toute la journée du samedi 2 février, de 10h00 -précises- du matin à 18h00. La participation est gratuite, le nombre de places est limité et il est indispensable de s'inscrire auparavant à :
ipar@mrafundazioa.org ou au 06 14 99 58 79.
Un repas est organisé sur place à 13h00.
Partie I - Pragmatisme et utopie (Thomas More - Fichte - Marx - Rosa Luxemburg - John Dewey - Louis Althusser)
Les questions qu'on va alors aborder à travers ces courts extraits de textes sont notamment les suivantes :
Idéal et action, utopie et pragmatisme sont-ils nécessairement opposés ? Peut-on les lier ? Mais en les liant, des tensions ne demeurent-elles pas entre ces deux pôles ? Comment être "réaliste", en tentant d'analyser lucidement la réalité telle qu'elle est, et "utopiste", en se projetant dans la perspective d'un monde radicalement autre ? Où situer la part de "réalisme" et la part d'"utopisme" dans l'action pour transformer le monde tel qu'il est ?
On verra que du côté d'un des premiers penseurs de l'utopie comme Thomas More, l'opposition entre pragmatisme et utopie est moins figée qu'on ne le croit habituellement.
On verra, d'autre part, que du côté des philosophes du pragmatisme, comme l'Américain John Dewey, l'attitude pragmatiste n'est pas complètement détachée de valeurs, de principes et d'idéaux, car on a chez Dewey une conception radicale de la démocratie appuyée sur des principes, donc un pragmatisme étique et démocratique, et non une recherche d'une efficacité sans principe, comme on le croit parfois quand on parle de la philosophie pragmatiste américaine.
Partie II - Tactique et stratégie (Aristote - Machiavel - Clausewitz - Max Weber - Maurice Merleau-Ponty)
On va ici envisager les deux dimensions classiques de la pensée militaire : la tactique (qui concerne la logique des engagements dans le court terme) et la stratégie (qui concerne le moyen terme, qui situe les engagements tactiques dans un plan d'ensemble).
C'est le général prussien et théoricien militaire Clausewitz qui a contribué à systématiser ces distinctions, qui a ensuite eu des effets sur la pensée politique (chez Marx, Lénine, Trotsky, etc.).
Le stratégique, dans la pensée politique révolutionnaire, est alors devenu quelque chose comme la boussole à moyen terme de l'action, par rapport à laquelle on va situer les actions dans le court terme (la tactique, dans les luttes sociales, les élections, etc.).
Ce lien tactique/stratégique va nous amener à introduire d'autres dimensions :
* le rapport entre la nécessité (ce qui ne peut être autrement) et la contingence (ce qui est susceptible de variations), avec Aristote ;
* le rapport entre les circonstances et les conditions indépendantes des volontés humaines (la fortuna) et l'habileté humaine (la virtu), chez Machiavel ;
* le rapport entre éthique de conviction (qui voit surtout les principes et l'idéal) et éthique de responsabilité (qui prend en compte les effets de son action sur le monde), chez Max Weber ;
* la conception des choix de l'action comme des paris raisonnés, prenant appui sur une connaissance partielle et probabiliste (en terme de probabilités et non pas de nécessité) de la réalité, dans le cours d'une histoire marquée par une incertitude relative, chez Merleau-Ponty.
Partie III - La question du pouvoir : interrogations contemporaines
(1- Ressources sociologiques : Max Weber - Roberto Michels - Pierre Bourdieu ; 2- Débats actuels : Miguel Benasayag - John Holloway - sous-commandant Marcos ; 3- LCR : Daniel Bensaïd - François Sabado - Olivier Besancenot - Cédric Durand - Philippe Corcuff - Manifeste)
On va, pour terminer, aborder la question classique du "pouvoir" et de "la conquête du pouvoir" dans la perspective d'une transformation radicale de la société.
On sera amené à réfléchir à deux pôles importants dans une stratégie de transformation radicale de la société :
1. les forces qui ont cru "prendre le pouvoir" (de façon parlementaire ou "révolutionnaire", au niveau local ou au niveau global) pour transformer la société, ont souvent été "prises par le pouvoir", institutionnalisées, intégrées au système ;
2. les institutions étatiques demeurent à la fois un obstacle et un levier important dans la perspective d'une transformation de la société, on ne peut pas abandonner la perspective de "conquête du pouvoir", même si on doit vraisemblablement la repenser.
Comment concilier le premier pôle libertaire et le second pôle plus pragmatique ?
C'est un des enjeux importants des débats en cours, et personne n'a ici de solution miracle, après les multiples échecs, qu'ils soient parlementaires ou "révolutionnaires", du XXème siècle.
(*)
Philippe Corcuff, 48 ans, est un intel-lectuel français de grande qualité, spécialisé en sociologie et en philosophie politique, Maître de conférences de science politique à l'Institut d'Études Politiques de Lyon.
Mais c'est également un des fondateurs de l'Université Populaire de Lyon, habitué à faire oeuvre de pédagogie pour les débutants, salariés n'ayant pas fait d'études, jeunes militant(e)s etc...
C'est lui même un militant particulièrement actif, membre de la LCR et du syndicat SUD-éducation.
Altermondialiste, il est membre du Conseil scientifique d'ATTAC depuis 2002.
Refusant la pensée jacobine uniformisatrice, c'est un des signataires de l'Appel des Indigènes de la République.
Il a rompu en 2004 avec Charlie-Hebdo dans lequel il tenait une rubrique hebdomadaire, reprochant à son directeur Philippe Val ses raccourcis simplificateurs et ses amalgames douteux, notamment entre islam, intégrisme et terrorisme.
Mais c'est également un des fondateurs de l'Université Populaire de Lyon, habitué à faire oeuvre de pédagogie pour les débutants, salariés n'ayant pas fait d'études, jeunes militant(e)s etc...
C'est lui même un militant particulièrement actif, membre de la LCR et du syndicat SUD-éducation.
Altermondialiste, il est membre du Conseil scientifique d'ATTAC depuis 2002.
Refusant la pensée jacobine uniformisatrice, c'est un des signataires de l'Appel des Indigènes de la République.
Il a rompu en 2004 avec Charlie-Hebdo dans lequel il tenait une rubrique hebdomadaire, reprochant à son directeur Philippe Val ses raccourcis simplificateurs et ses amalgames douteux, notamment entre islam, intégrisme et terrorisme.
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