Une autre finance est-elle possible ?
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par Anthony SANS
Exemple d’un Comité Local d'Epargne pour les Jeunes (CLEJ)
Un principe simple, basé sur d'autres ayant fait leurs preuves
Petits poucets dans le monde de l'épargne solidaire, les Comités Locaux d'Epargne pour les Jeunes n'existent pour l'instant qu'en Soule(1).
La première association CLEJ a en effet été créée en 2000 par les membres d'Azia(2) et n'a été développée que sur ce territoire (création des CLEJ Biga, Hiru et Lau en 2002, 2004 et 2006).
Le principe de fonctionnement est cependant un hybride d'autres systèmes : CLEFE, tontine, CIGALES, etc.
Il s'agit d'associations Loi de 1901 constituées d'adhérent-cotisants versant 180€ sur un an (15€ par mois). Les sommes récoltées, placées sur Livret A, sont prêtées à taux 0 à des jeunes de 18 à 35 ans créant, reprenant ou développant une activité sur les cantons de Mauléon et de Tardets.
Des atouts de simplicité et de lisibilité pour une solidarité à 100%
La force des CLEJ réside très certainement dans leur fonctionnement souple et lisible :
* Tout d'abord, le système de représentation concernant les décisions de prêt aux porteurs de projet permet des prises de décision rapides, sans délai pour les demandeurs (pris par ailleurs dans de nombreuses démarches). Le choix, réalisé par le seul bureau de six membres élus, assure également la confidentialité nécessaire autour des projets économiques en démarrage ;
* La solidarité totale demandée aux prêteurs semble aussi satisfaire la plupart des adhérents : ils ne reçoivent pas de dividende mais savent aussi qu'aucun cautionnement n'est demandé aux jeunes emprunteurs. Le souhait d'une minorité de créer un "fonds de garantie" inter-CLEJ a ainsi vite été refoulé, la majorité des adhérents revendiquant carrément cette prise de risque (ne pas retrouver tout ou partie de leurs 180€) ;
* La finitude des épargnes (durée fixée par la date de remboursement du dernier prêt effectué) permet aux prêteurs de retrouver leur fonds au bout de 5 ans en moyenne. Elle garantit surtout le maintien d'une dynamique avec la création d'un nouveau CLEJ dès que nécessaire (plus de fonds disponible dans le CLEJ précédent) : nouvelle campagne de communication, association créée avec un nouveau bureau mobilisé... Des personnes fraîches s'impliquent dans la démarche, principalement grâce à l'effet du bouche à oreille(3).
Une dynamique croissante faisant face à certaines limites
Ce mouvement est ainsi allé croissant depuis 2000, passant de 93 adhérents au 1er CLEJ (soit 17 000€ collectés) à 155 au CLEJ Lau (27 900€). Plus de 100 000€ ont pu être prêtés.
Certaines questions se posent cependant, notamment à cause du (grâce au ?) succès grandissant auprès des porteurs de projet.
Quand le fonds de la 4ème épargne est totalement utilisé en un an (pour aider 8 projets) se pose en effet la question des capacités des CLEJ à répondre à toutes les demandes. Pourtant, les sollicitations sont presque toujours justifiées(4) : besoin de trésorerie, achat de stock, de matériel, et surtout amélioration de l'apport personnel.
Le montant des prêts variant de 1 000 à 10 000€ (une moyenne à 4 000€), doit-on alors apporter une aide plus conséquente à moins de projet ou l'inverse ?
Ou peut-on augmenter le rythme de création des épargnes ?
En prévoyant de lancer en mai 2008 un nouveau CLEJ (afin de répondre aux demandes) les membres d'Azia vont faire le pari de cette seconde solution.
Informations complémentaires :
(1) Un CLEJ serait cependant en cours de création en Sud-Charentes, à l'initiative de l'association ChampBouletout
(2)Association de développement local gérée par des jeunes (Centre Multiservices 64470 TARDETS)
(3)Les 4 CLEJ souletins comptabilisent ainsi 489 cotisants
(4)Le Comité Technique du CLEJ Lau qui analyse les demandes a refusé deux sollicitations en 2007. Un Comité Technique est composé d'un comptable, d'un banquier, du directeur de la plateforme économique locale ODACE, de la MSA et du bureau d'Azia. Il analyse la cohérence du projet et sa faisabilité (technique, économique) grâce à un petit dossier remis par le porteur. En cas de refus, il est toujours proposé au jeune de représenter son projet avec de nouveaux éléments.