Conflit Kurde

par Karine Gantin / Animatrice du site topicsandroses.com
Une question universelle
au cœur de la géopolitique moyen-orientale
au cœur de la géopolitique moyen-orientale
Conflit kurde : le brasier oublié du Moyen-Orient - France - mars 2009 - Editions Autrement - de Hamit Bozarslan - 172 pp - 17€.
Le mouvement national kurde entame un nouveau cycle historique, quoique encore incertain quant à sa forme et ses perspectives.
C'est là l'une des thèses du remarquable ouvrage livré par Hamit Bozarslan(1), tout à la fois synthèse pédagogique de la question kurde et réflexion époustouflante au carrefour de la géopolitique et de la sociohistoire.
Les clés de la transformation ?
Une nouvelle jeune génération militante qui veut asseoir sa propre légitimité, une centralisation urbaine inédite dans la géographie contestataire, la diffusion accélérée des discours et d'une symbolique commune via les télévisions satellitaires et l'Internet, par-delà des frontières internes à la région kurde, entre Iran, Irak, Turquie et Syrie…
Ce nouveau cycle en clôt lui-même un autre entamé dans les années 60 quand, raconte l'auteur, "toute une génération de militants et de combattants nationalistes d'inspiration occidentaliste, actifs pour certains depuis les années 1920, avait fait place à une nouvelle génération de militants et de guerriers, s'identifiant, dans leur écrasante majorité, à la gauche".
Seulement voilà. Cette gauche kurde-là a été marquée, d'abord, par la répression subie sous les divers régimes de la région, y compris réputés de gauche… ou islamiste.
Elle s'inscrit ensuite aujourd'hui dans un Proche-Orient où la contestation sociale tend à échapper à la gauche justement, tandis qu'il ne lui est pas davantage possible de s'appuyer encore sur une gauche mondiale bien trop à la traîne du libéralisme et de ses accidents…
Revendication nationale et humanisme universaliste
Comment dès lors continuer d'articuler une revendication nationale à un humanisme universaliste comme par le passé ?!
Aujourd'hui, écrit Bozarslan, "les principaux mouvements kurdes se trouvent sans langage politique commun avec le reste du Moyen-Orient où, aux dispositifs sécuritaires des Etats répondent des mobilisations islamistes qui secouent les sociétés à leurs marges. Certes, ils ont, depuis une décennie, érigé en cadres référentiels ultimes les droits de l'homme, la justice, la démocratie, voire comme le montrent les programmes du PKK et du PJAK, l'écologie et le féminisme. (…Mais) ces substituts idéologiques ne se révèleront efficaces que si la mouvance kurde évolue dans un contexte non conflictuel, et si, pour les Etats, altérité, conflits et demandes de reconnaissance en tant que groupe distinct cessent d'être synonyme d'inimitié ou de menace."
Evolution des cadres historiques et politiques nationaux au Moyen-Orient
Car la question principale selon Bozarslan est au final bien celle-là : l'évolution des cadres historiques et politiques nationaux au Moyen-Orient, construits à partir des années 20 sur les décombres des empires multiethniques antérieurs, et marqués depuis lors par l'instrumentalisation paradoxale de la question kurde au profit d'Etats autoritaires se construisant notamment dans la répression des minorités...
Les pages concernant le retour historique pays par pays, mais aussi celles sur le Kurdistan irakien actuel, dont l'existence en tant qu'entité autonome fédérale a contribué curieusement à cimenter tout le pays en proie à la guerre civile, sont ici particulièrement instructives. Elles soulignent en outre le paradoxe identitaire kurde contemporain : celui d'un imaginaire kurdistanais commun à tous les Kurdes mais qui n'implique pas forcément la perspective politique réelle d'un Etat-nation en tant que tel…
(1)directeur d'études à l'EHESS, auteur par ailleurs en 2008 d'Une histoire de la violence au Moyen-Orient (Paris, La Découverte)
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