Préfet... d'en finir!

par Txetx Etcheverry
Il se passe des choses étonnantes dans le département des Pyrénées-Atlantiques :
-Le Préfet y tente en effet d'interdire Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG), une association très appréciée, et employant dix salariés qui pratique le Grenelle de l'environnement depuis presque 4 ans. Et il le fait pour protéger les intérêts de la Chambre d'agriculture départementale aux pratiques diamétralement opposées à ce que peut être l'esprit du Grenelle de l'environnement.
-Le même Préfet attaque au Tribunal administratif des communes -souvent rurales- qui votent des subventions de 50 ou de 100 euros à cette association, qui promeut l'agriculture paysanne et durable, pour "manque d'intéret local" de cette subvention. Mais dans le même temps, il ne dit pas un mot sur les 30 000 euros de subventions qu'a votés le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques pour participer à l'édification d'un mémorial à... Colombey-les-deux églises ! Espelette, connue dans toute la France pour son piment, production agricole s'il en est, voit attaquée sa subvention à EHLG pour manque d'intérêt local, mais pas la subvention qu'elle vote à la même période pour aider la campagne de Paris pour se porter candidate aux jeux olympiques.
-Le Préfet des Pyrénées-Atlantiques écrit à tous les maires pour leur indiquer ce qu'il convient qu'ils fassent ou qu'ils ne fassent pas. Il conteste une pétition contre sa propre tentative d'interdire l'association EHLG, et sous-entend dans son courrier que signer cette pétition constituerait une initiative contraire à la loi !
Arme de dénomination massive :
Dans ce pays marqué par l'histoire de la violence qu'est le Pays Basque, la seule association qu'harcèle le Préfet des Pyrénées-Atlantiques est justement une association animée par les partisans de la non-violence et des voies pacifiques. La seule association que tente aujourd'hui d'interdire le Préfet, c'est une association qui a justement été créée pour essayer de montrer l'efficacité, la validité des stratégies non-violentes.
La seule arme de cette association, c'est son nom, et c'est cette arme là, qui dans le Pays Basque d'aujourd'hui, est insupportable au Préfet des Pyrénées-Atlantiques. Ce nom qui signifie en langue basque "Chambre d'agriculture du Pays Basque" justifie à ses yeux la fermeture de l'association, le licenciement de ses dix salariés, la menace d'une peine de prison ferme pour son président, Michel Berhocoirigoin.
Ce nom porterait atteinte au monopole de la Chambre d'agriculture des Pyrénées-Atlantiques, monopole auquel le Préfet -qui est considéré comme un Sarkozyste convaincu- accorde tellement d'importance qu'il est prêt à faire embastiller un paysan pour le protéger, au moment où la mode dans son camp politique est pourtant à la privatisation de la poste, de l'électricité, des transports publics, des systèmes de retraites et d'assurance sociale, etc.
Ce nom en langue basque se verrait soudain doté d'une valeur juridique par le même Préfet des Pyrénées-Atlantiques qui justement conteste de manière permanente et systématique toute valeur juridique aux actes et délibérations en langue basque.
Empêcher de poser cette question qui dérange :
Au delà du débat sémantique et juridique que je laisse aux juges le soin de trancher, le centre du problème qui nous occupe est que le nom choisi sert à poser, de manière forte, de manière permanente, de manière pacifique, une question : celle de l'absence d'institutions répondant à la forte volonté collective du Pays Basque nord de se prendre en charge dès aujourd'hui.
Quelle doit être l'attitude de l'Etat ? Trouver les réponses adaptées à la question posée ou empêcher de poser la question ?
Le Préfet des Pyrénées-Atlantiques -comme ceux qui le commandent- a choisi la seconde option. Il croit que quelque chose de bénéfique sortira de l'écrasement d'une association dont le travail est apprécié et reconnu par la grande majorité des paysans et des habitants de ce pays. Il croit que l'interdiction judiciaire de cette manière pourtant pacifique de continuer à poser la revendication en question pourra donner quelque chose de positif.
Je pense plutôt que c'est Albert Jacquard qui a raison et qui contrairement au Préfet des Pyrénées-Atlantiques -et à ceux qui le commandent- a tout compris quand il dit "Au début, il y a la parole. C'est quelque chose de très sérieux . Au début de toute action est finalement une parole car une parole, ça suppose celui qui la prononce et celui qui l'écoute, qui en tire profit. Par conséquent, empêcher les gens de parler me semble être une mauvaise voie. Que l'on dise que c'était pas bien fait, que vous avez tort, que l'on conteste le contenu je veux bien mais que l'on conteste votre droit de la prononcer, non ! "
Logique de confrontation :
Le Préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a rien à voir avec Albert Jacquard. Le Préfet des Pyrénées-Atlantiques cherche la reddition de ceux qui voudraient faire bouger l'ordre établi.
Le Préfet des Pyrénées-Atlantiques cherche l'humiliation de ceux qui ne veulent pas renoncer, laisser tomber, arrêter sans acquis quinze ans d'une lutte exemplairement démocratique et pacifique.
Le Préfet des Pyrénées-Atlantiques cherche à faire taire les élus qui pourraient contester cette tentative de mise à mort.
Le Préfet des Pyrénées-Atlantiques cherche à donner tort à ceux et celles qui tentent de démontrer qu'on peut se faire entendre de Paris sans poser de bombes.
Le Préfet des Pyrénées-Atlantiques cherche l'échec de ceux et celles qui veulent montrer que les stratégies non-violentes peuvent être efficaces, peuvent permettre d'avancer et de faire bouger les choses en Pays Basque.
Jusqu'où le Préfet des Pyrénées-Atlantiques est il prêt à aller pour cela ?
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