“Producteurs et consommateurs, d’autres liens sont possibles !”

Publié le par Alda



Isabelle et Philippe Capdeville, membre de l’AMAP du Polo Beyris à Bayonne


Les AMAP sont des «circuits courts» permettant de travailler et consommer autrement, de créer de nouveaux types de rapports entre villes et campagnes.

Isabelle et Philippe Capdeville étaient loin de penser qu'une Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne pouvait exister et mobiliser tous les mercredis plus d'une cinquantaine de familles sur le Parking du Polo Beyris.
Solidarité entre la ville et la campagne, avance de trésorerie des consommateurs aux petits producteurs, rencontre hebdomadaire sur un lieu public pour récupérer son panier à deux pas de chez soi… "pour moi ça n'existait pas" nous confie Isabelle.
Alda! présente ici le parcours d'Isabelle et de Philippe "entrés dans l'AMAP par défi…
et membres actifs par conviction !". 

De l'utopie à la réalité !
Qu'est-ce qui vous a poussé faire partie d'une AMAP ?

Isabelle : "Quand on a entendu parler de l'AMAP et du lien social et culturel  qu'elle crée entre citadins et paysans, et aussi  entre citadins eux-mêmes… on s'est dit… "ça n'existe pas !".
Un ami qui quittait la région nous a proposé de le remplacer à l'AMAP du Polo Beyris de Bayonne. Par défi nous avons dit OUI ! Et par conviction, nous continuons toujours!"
Que représente pour vous l'AMAP ?
Philippe : "L'AMAP c'est tout d'abord un engagement solidaire. En signant la Charte AMAP et en payant par des avances mensu-elles les paniers hebdomadaires, on assure un revenu fixe aux producteurs impliqués et on leur donne les moyens pour continuer à faire vivre leur exploitation.
En contre-partie nous avons droit à un panier de légumes variés et de qualité qui nous font re-découvrir le goût.
A l'AMAP du Polo on a même la chance d'avoir des produits bio !
Enfin, le fait de participer à l'AMAP c'est aussi montrer qu'on souhaite que notre alimentation soit le résultat du respect de la saisonnalité, des caractéristiques des terres cultivées et du travail des maraîchers".
Isabelle : "Depuis plus de 40 ans nous sommes éduqués à la consommation en Grandes Surfaces. Etre membre de l'AMAP nous permet de voir l'alimentation et la consommation autrement. Quand on aime bien manger, de façon saine et avec du goût, on cherche des produits de qualité. La proximité avec les producteurs locaux nous rend ces produits accessibles et abordables."
Philippe : "Pour profiter pleinement de l'AMAP, il faut avoir une idée du type de plats qui pourront être préparés avec les produits du panier. Ça demande un peu plus d'effort d'organisation de son temps pour préparer certains légumes et gérer le congélateur."

Concrètement comment ça marche...
Isabelle : "Il y a au Pays Basque 13 AMAP (environ 500 familles y participent et font vivre 32 producteurs). Chaque AMAP est régie par la charte AMAP (inspirée de la Charte de l’Agriculture paysanne et visant notamment le mode de production et le respect de l'environnement). La charte prévoit la participation des consommateurs que nous sommes pour assurer le fonctionnement de l’AMAP. Dans notre cas plusieurs personnes se partagent le rôle de trésorier, d’animateur, etc. En plus chaque semaine, 2 familles à tour de rôle (sur les 60 composant l'AMAP du Polo) assurent le bon déroulement logistique de la livraison des paniers entre 18h30 et 19h30. Cela va de l'installation générale à l'explication des règles du jeu ou du fonctionnement de l'AMAP aux nouveaux membres ou aux personnes venant remplacer ponctuellement un membre. La structure de l'AMAP fait qu'on devient acteur et pas simplement consommateur. Ainsi on sert d'interface entre le producteur et les autres familles s'il y a des difficultés avec la production, on avise les 2 membres qui devront assurer la permanence dans 15 jours, etc."
Philippe : "Le fonctionnement de l'AMAP fait qu'on devient assez vite acteur et cela pousse les membres à parler entre eux ou à socialiser en quelque sorte. Quand le producteur est victime d'inondations (comme cela a été le cas pour celui de notre AMAP qui vient de  Saint-Pée-sur-Nivelle), il devient naturel au sein du réseau des membres d'organiser une équipe pour aller lui donner un coup de main."
Isabelle : "D'autre part, les AMAP bénéficient de l'appui technique d'une animatrice d'IDOKI (l'association des producteurs fermiers du Pays Basque)(*). Ainsi, pour dynamiser la vie associative nous profitons du savoir faire technique de ce Relais AMAP (voir encadré p. 7) pour renforcer la vie de notre AMAP dans le domaine de l’organisation de réunions, du transfert et de la gestion de l’information, de la négociation des contrats avec les producteurs, etc.  Cette organisation motive les nouveaux venus à eux-mêmes s'impliquer dans l'AMAP et à mettre la main à la pâte ! C'est d'ailleurs avec cet esprit que chaque rôle au sein de l'AMAP est aussi tenu dans la mesure  du possible en binôme !"
Philippe : "Des rencontres inter-AMAP nous ont permis d’aborder des sujets plus en amont de la démarche, telles que : le problème du foncier et ses conséquences sur les terres maraîchères, le juste prix du panier, etc."
Isabelle : "La proximité avec le producteur nous amène à avoir une autre approche du prix. Quand on connaît les conditions de travail d'un maraîcher, son revenu, le plus que nous apporte le panier…cela donne du sens aux prix payés pour les légumes".

Réflexions sur l’avenir
Relocaliser la production maraîchère prend tout son sens avec la problématique actuelle du transport. Quel est le rôle de l'AMAP ?
Isabelle : "Avec l'AMAP nous consommons des produits frais produits par des producteurs locaux qui travaillent dans le respect de la charte de l'Agriculture Paysanne.
Dans certains AMAP on n'a pas encore trouvé de solution pour consommer des carottes dans ces conditions.
Le producteur nous a informé qu'il était obligé de s’approvisionner des carottes bio pour faire face à la demande.
Encore une fois, la proximité producteur/consommateur a fait que une réflexion est née au sein de l'AMAP pour trouver une solution. Dernièrerement chaque AMAP a envoyé un représentant pour réfléchir avec l'association BLE et IDOKI sur les moyens de trouver une terre maraîchère au Pays Basque pour répondre à cette demande spécifique.
Petit à petit nous avons des contacts avec les institutionnels (au niveau départemental et régional).
On peut espérer, qu’à l’instar d'Herrikoa l'augmentation du nombre d'adhérents sera le plus grand soutien pour nos futurs projets et pour avoir l'écho nécessaire à notre  démarche populaire ! 
Philippe : "Enfin, un bel enseignement de l'AMAP est aussi que les membres respectant la saisonnalité, les caractéristiques de la terre et le travail de l'agriculture évitent l'alimentation "toute saison, tout continent" en acceptant une “frustration” à court terme qui permettra de continuer à apprécier la vie à moyen et long terme ! 


(*) Idoki valorise les circuits courts de commercialisation. Ces circuits permettent par la réduction du nombre d'intermédiaires entre le producteur et le consommateur, de maintenir la valeur ajoutée du produit au niveau de la ferme. Pour Idoki, le circuit court est soit de la vente directe entre le producteur et le consommateur soit d'une vente de produits fermiers avec UN intermédiaire maximum entre le producteur et le consommateur. Les intermédiaires le plus souvent rencontrés sont : les petits magasins, restaurateurs, supérettes, Grandes et Moyennes Surfaces en Pays Basque (www.idoki.org).


AMAP EN BREF : 

"Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne".

L’AMAP réunit un groupe de consommateurs et un ou des agriculteurs de proximité autour d'un contrat dans lequel chaque consommateur achète en début de saison une part de la production et s'engage à prendre en compte les réalités de l'exploitation.
Le producteur s'engage à fournir régulièrement des produits de qualité dans le respect de la charte de l'agriculture paysanne. L'agriculteur est tenu d'être transparent quant à ses pratiques.
La charte des AMAP garantit la teneur des engagements du groupe de consommateurs avec une ferme ou plusieurs fermes.

500 familles, 32 producteurs (légumes, viande, lait, etc.), 13  groupes

A Bayonne (Saint Esprit, Polo Beyris), Anglet (Quintaou mardi et vendredi), Biarritz (La Négresse), St-Pierre d’Irube, Saint-Jean-de-Luz (Chantaco), Ascain, St-Pée, Hasparren, Mauléon, St-Palais et St-Jean-Pied-de-Port.

Charte AMAP

Adhérer à une AMAP, c'est adhérer à un groupe de consommateurs qui respectent les engagement de la charte AMAP. C'est donc accepter :
*de payer ses produits à l'avance sur la base d'un contrat
*les aléas de production (gel, maladie) et soutenir le producteur dans ces difficultés
*de participer à la vie du groupe : assurer à tour de rôle la distribution des produits (1 fois / 20 semaines), participer aux réunions bilans avec les producteurs (3 fois par an), participer aux visites de ferme, donner un coup de main ponctuel pour le bon fonctionnement du groupe.
Une AMAP est une démarche autogérée de consommateurs qui s'unissent pour soutenir un producteur local dans sa démarche d'agriculture paysanne. Le producteur impliqué s'engage à fournir des produits frais de qualité, produits dans le respect de la charte Agriculture Paysanne. Il a également un rôle pédagogique, il reste transparent quant à ses pratiques.

Pourquoi et comment développer les AMAP en Pays Basque :

Le rôle du Relais AMAP Pays Basque est d'accompagner les consommateurs dans la création de leur AMAP puis de veiller au bon respect de la charte AMAP tout au long de la vie du groupe. Les consommateurs doivent intégrer les objectifs de la Charte AMAP . La création d'une AMAP prend du temps. Le Relais AMAP Pays Basque aide les consommateurs dans la clarification des objectifs du groupe de consommateurs, dans la mise en place du fonctionnement de l'AMAP et également dans leur discussion avec les producteurs. 

Comment intégrer une AMAP ? Comment en créer une dans sa région ?

Il faut dire que les AMAP existantes ont déjà des listes d'attente ouvertes pour les légumes. La création des premières AMAP a permis de mieux connaître la situation du maraîchage local. Les premiers maraîchers à fournir des AMAP ont été des maraîchers bios installés plutôt à l'intérieur du Pays Basque. De nouvelles AMAP ont pu être créées grâce à l'implication de maraîchers conventionnels qui mettent progressivement des techniques bio en place sur leur ferme. L'objectif de l'AMAP est d'accompagner ces producteurs dans leur évolution. De nouveaux maraîchers s'installent même si le parcours d'installation est parfois difficile. Nombre de consommateurs ont appréhendé la réalité des maraîchers au fil des mois et comprennent mieux que le producteur a besoin de temps pour atteinde ses objectifs.

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