Unir les forces pour la confrontation démocratique

Publié le par Alda


Jose Elorrieta, Secrétaire général d’ELA

Jose Elorrieta, le Secrétaire général d’ELA, participe à la série d’articles de réflexions sur les processus souverainistes civils au Pays Basque et à travers le monde qu’Alda! publie depuis cet été. 
De l’analyse des Etats en présence  au projet collectif et solidaire,  voici un cheminement civil ayant pour but d’arriver à un autre cadre politique.


Décider ent tant que sujet politique de l’avenir de notre nation
“Nous pourrions commencer par définir la si-gnification ainsi que le champ d'application qu'a le concept de souveraineté pour les abertzale.
Nous pouvons être d’accord sur le fait qu’il s’agisse de parler d'un droit collectiff et démocratique qui est relié directement au territoire basque de décision.
C'est là que réside la question majeure : que les basques, en tant que sujet politique, puissions décider de l'avenir de notre peuple, de notre nation.
En ce qui concerne le territoire, c'est évident que nous nous référons à l'ensemble d'Euskal Herria.
Cela ne signifie pas que nous tombions dans la simplification qui consiste à ignorer les différentes réalités institutionnelles, politiques et sociales existantes. 
Jusqu'ici, tous les abertzale tombons d'accord.

Souveraineté exclusivement civile

Et moi, je me permets d'affirmer qu'une immense majorité sommes aussi d'accord avec le fait que la souveraineté doit aussi être exclusivement civile. Du point de vue du débat politique, nous sommes nombreux à être convaincus que l'action armée gêne et est de trop.

Débat inévitable pour mettre en place une pratique souverainiste

Tout ce qui est dit ci-après est sujet à débat à des degrés divers. Le débat est inévitable si nous voulons passer des questions d'ordre général à une pratique qui a pour but de mettre en marche un processus souverainiste. En effet, ce dont il s'agit est bel et bien de mettre en marche un processus.

Diagnostic juste

Je pense que pour cela, il faut faire le diagnostic le plus juste possible. Et, évidemment, à partir de là être capable de fixer des objectifs partiaux et des temps de gestion qui vont nous approcher de l'objectif stratégique, qui n'est autre que l'exercice de ce droit à décider.

A quel type d’Etat faisons-nous face

En ce qui concerne le diagnostic, il est primordial de savoir face à quels Etats nous nous trouvons. Quel type d'Etat sont l'Etat français et l'Etat espagnol, par rapport au débat démocratique que nous souhaitons poser.

Pas la Grande Bretagne, ni le Canada

Ni la France, ni l'Espagne, par exemple, peuvent être comparées à la Grande Bretagne ou au Canada. Pour la simple raison que la Grande Bretagne s'est engagée, par exemple, à respecter la décision de l'Ecosse vivant une ferveur indépendantiste. Et parce que le Canada, et plus concrètement sa Cour Suprême, a explicitement mentionné qu'avec une question claire et une majorité suffisante, la décision du Québec doit être respectée.
Les cas des Etats français et espagnol n'ont rien à voir. Et à ce stade-ci, il est évident que ni l'Etat français ni l'Etat espagnol ont l’intention de respecter le cadre basque de décision. Ils n'ont, par conséquent, aucune intention d'offrir une issue démocratique au dénommé contentieux basque. En fait ils n'ont même pas l'intention donner une chance à des cadres d'auto-gouvernement limité pouvant avoir un développement graduel dans le temps.

Impossible de passer sans rupture à un autre cadre politique

Dans le cas de l'Etat espagnol, le cadre des Statuts d'Autonomie nous concède un champ de compétences limité, et, ce qui est le plus grave, réversible. Ce cadre consacre la division territoriale comme quelque chose de structurel et empêche absolument de passer sans rupture à un autre cadre politique.
L'Etat français, de son côté, non seulement refuse la création d'un Département Pays Basque, mais aussi apporte une fin de non recevoir à d'autres revendications plus sectorielles (qu'elles soient du domaine culturel ou socio-économiques (la langue basque, l'université, Laborantza Ganbara,…) et maintient de façon littérale et intéressée la confusion entre la République et la nation.

Limite de l’“arrangement transversal”

Caractériser de façon adéquate la logique des Etats est un point de base, parce que c'est ce qui nous amène à remettre en cause tout plan cherchant un "arrangement transversal" entre ce futur processus souverainiste et la position actuelle de Paris et de Madrid.
C'est dans cette optique que les dernières tentatives mises en route, la proposition d’Anoeta et la "feuille de route" du Lehendakari, sont parlantes, car elles cherchent de façon unilatérale l'entente avec l'Etat pour modifier le cadre juridique actuel.
Et il est surprenant que quelques-uns soient surpris, la redondance vaut dans les deux cas de figure,  de la réponse de l'Etat espagnol. Non seulement de son gouvernement mais aussi de l’opposition politique, des organisations syndicales, de la magistrature, des média,…

Rapport de forces

A mon avis, le débat ne consiste pas à savoir s'il faut pactiser ou pas avec l'Etat. Mais plutôt de savoir avec quel rapport de forces on peut aborder ce pacte. Il semble peu discutable que compte tenu de la position des Etats mentionnée auparavant, nous n'avons pas aujourd'hui le rapport de forces nécessaire pour mener à bien ce pacte ou ces pactes, qui dans tous les cas ont besoin de façon préalable d'une confrontation démocratique qui donne une légitimité politique et sociale majoritaire à nos revendications.

Souveraineté nationale comme référence stratégique

C'est pour cela, que de notre point de vue, l'accumulation des forces souverainistes est dans cette phase-ci une condition nécessaire. Cette accumulation des forces doit avoir un caractère civil et partir bien évidemment de la pluralité que de nos jours représentons les forces politiques et sociales ayant comme référence stratégique la souveraineté nationale.

Territoires, rapport de forces et alliances possibles

Il faut préciser les objectifs adaptés à chaque territoire, au rapport des forces et aux alliances possibles. Y compris en ce qui concerne la transversalité, qui au Pays Basque Sud est politiquement et socialement inenvisageable compte tenu des positions extrêmes de l'espa-gnolisme contre le cadre basque de décision, mais qui en Iparralde peut être une option car les objectifs et les alliances doivent s'adapter aux possibilités d'avancées, toujours dans la bonne direction. Mais parlons d'avancées possibles et non de simples proclamations politiquement correctes.
Il faut plus discuter de tout cela, plus concrétiser tout cela, car il s'agit de rompre les inerties, de revoir des cultures politiques marquées par des volontés hégémoniques, de concilier réalisme et ambition, d'arriver à trouver des points d'entente et à respecter la singularité et l'espace de chaque organisation politique ou sociale.
Peut être actuellement nous avons un excès de déclarations, de stratégies qui tient plus du  virtuel que de l'unitaire, qui mélange le débat souverainiste avec un simple débat d'espace électoral.

Projet collectif et solidaire

Nous devrions peut-être commencer de plus bas, mais sur une base plus solide. Nous devrions commencer, ceux qui voulons et pouvons, par ouvrir une dynamique politique et sociale, qui vise à accumuler les forces, qui cherche la majorité, qui est capable de donner espoir avec son projet non seulement aux abertzale mais aussi à tous ceux qui aujourd'hui vivent et travaillent au Pays Basque.
Tant à ceux qui sont venus il y a peu, qu'à ceux qui ne sont pas encore arrivés… A tous ceux qu'un projet collectif et solidaire sera capable d'incorporer.”

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