Les abertzale dans la majorité angloye, une intégration réussie (1/2)

Publié le par Alda

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Mikel Ithurbide, Angeluzain, adjoint-au maire, délégué aux finances et conseiller à la communauté d'agglomération



“Dans une terre débasquisée et une ambiance plutôt hostile aux abertzale, Angeluzain a commencé, par son travail et l'action de ses élus,  à changer notre image dans cette ville.”



Mikel Ithurbide, élu d’Angeluzain, adjoint-au maire délégué aux finances et conseiller à la CABAB, a  été rencontré par Alda!
Il nous présente les différents facteurs ayant contribué à faire progresser  l’appréciation  positive de l’abertzalisme sur Anglet. 
La semaine prochaine, la suite de l’interview montrera en détail la participation des abertzale à la gestion municipale et la préparation des municipales 2008 par Angeluzain. 


Comment peut-on définir le rôle de l'élu abertzale dans la ville et sur le BAB ?
L'élu abertzale est un élu comme les autres mais il se doit de travailler davantage que certains autres élus pour démonter que les abertzale sont en capacité de gérer au mieux dans les compétences qui leur sont confiées dans ces deux collectivités ainsi que dans les Syndicats Mixtes divers auxquels ils appartiennent. Ainsi l'élu abertzale s'implique dans la plupart des préoccupations et des problèmes ou projets inhérents à tous les citoyens. 

Quelles ont été les caractéristiques des élections municipales d'Anglet en 2001 ?
Tout d'abord une peu d'histoire : Anglet est une ville débasquisée où le "basque" de la culture à la langue était quasiment absent et/ou rejeté. Une minorité gasconne a longtemps été marquée par des sentiments anti-basques et a retardé l'intégration de notre culture sous prétexte qu'Anglet ne se situe pas en Pays Basque.. Aujourd'hui il existe des passerelles ; cette minorité commence à se rendre compte que les abertzale sont dans les faits leurs alliés, puis comme eux ils se préoccupent de la survie de leur langue dans la ville.
Dans l'histoire récente, et depuis 1995, en particulier, les abertzale d'Anglet ont montré leur intérêt pour participer à la gestion municipale. En effet, cette année-là, une liste abertzale s'est présentée aux élections municipales ; dans cette période un des problèmes majeurs qui se posait à la ville était celui de la création d'un Port de Plaisance supplémentaire intégrant un ensemble immobilier important sur le site de La Barre.
La liste d'Angeluzain fit un score de 8,84%, pas suffisant pour obtenir l'élection d'au moins un conseiller municipal. Malgré un score qui à mon avis pouvait être qualifié d'honorable, sans plus, cette première expérience a été vécue comme un coup d'épée dans l'eau . Ont suivi 6 années de relative démobilisation. Nous avons compris que nous ne pourrions exister que dans le cadre d'une alliance.
En 2001, lors des dernières élections municipales, une nouvelle opportunité s'offrit à Angeluzain. Alain. Lamassoure, maire d'Anglet à l'époque, proposa une ouverture aux abertzale et aux Verts. De mon côté, j'ai été désigné par Angeluzain comme possible tête de liste. Faisant moi-même de la politique avec deux ailes indissociables, l'abertzale et l'européenne, le courant passa avec Alain Lamassoure à la fois Député Européen et Maire d'Anglet, poste qu'il abandonna par la suite lors de la parution d'une loi interdisant le cumul de ces deux fonctions. Robert Villenave prit sa suite. De toute façon nos voix étaient indispensables pour gagner cette élection.


Comment fut négociée la participation d'Angeluzain dans la majorité municipale ?
Angeluzain avait décidé deux principes qui continuent d'être les siens.
1) Obligation pour ses membres de mettre toutes les cartes de parti au vestiaire pour pouvoir adhérer à l'association. Rappelons qu'on sortait d'une élection cantonale où Manex Goienetxe venait de se présenter contre Ramuntxo Camblong…
2) Obligation également pour ses membres d'adhérer à une charte qui préconise la voie politique et condamne la violence.
Cette ainsi que pour l'élection cantonale de 2001 qui se déroulait le même jour que l'élection municipale Iñaki Zaldunbide, reçut le soutien de tous les partis abertzale présents en Iparralde.
Les négociations aboutirent à la présence, dès le premier tour, des trois élus cités ci-dessus sur la liste conduite par Robert Villenave et un programme à caractère identitaire essentiellement à réaliser durant la mandature.
Ce programme a été réalisé avec un bémol sur la présence de l'euskara sur le bulletin municipal qui est plus faible qu'on le souhaite. Ce programme prévoyait notamment :
*La création d'un centre culturel basque dans lequel existe déjà l'ikastola.
*La signalisation municipale tri-lingue (les gascons ont apprécié…). 
*La présence de l'euskara sur le bulletin municipal
*L'apprentissage de l'euskara, sur la base du volontariat, pour les employés municipaux.
*L’établissement de liens avec une ville du Pays Basque Sud.
Nous avons décidé ensemble, après un vote démocratique de 19 voix pour et 7 contre, de ne pas présenter une liste au premier tour compte tenu de la présence de Jean Espilondo déjà conseiller général comme tête de liste d'une coalition socialiste, communiste, verte et chevénementiste (MDC), et, du fait que notre tête de liste Robert Villenave avait, nous semblait-il, une plus faible notoriété que la sienne. Il ne fallait pas que cette liste soit en tête au premier tour et se trouve ainsi avec une dynamique de victoire.
Cette tactique n'a pas fait l'unanimité au sein d'AB parti politique auquel j'appartiens. Pour nous l'essentiel était de figurer dans la majorité, seule voie possible pour faire avancer notre programme.
On peut toujours penser qu'une négociation au second tour aurait apporté plus de poids à nos demandes et aurait permis de compter nos voix, mais on peut penser aussi que si nous n'avions pas atteint 10% des voix, ce qui était probable, nous allions continuer à ne pas exister sur Anglet comme ce fut le cas en 1995 ; à cette élection-là, aucun des partis de droite comme de gauche ne fit appel à nous et pourtant la tête de liste socialiste, verte et communiste de l'époque n'était pas Jean Espilondo. Mathématiquement, en additionnant leurs voix et les nôtres, nous aurions peut-être pu ensemble gagner l'élection, justement à cause du problème du port de Chiberta, projet auquel nous étions nous aussi hostiles.
D’autre part, il faut se rappeler que pendant la campagne 2001, Jean Espilondo, travaillé semble-t-il par la mouvance Cap Vivre Ensemble, a écrit dans un journal local : "Attention aux abertzale, il faut se rappeler que Hitler est arrivé au pouvoir par les voies démocratiques". Une phrase indélébile qui lui a toujours coûté très cher par la suite et notamment aux dernières élections législatives de cette année.
L'élection fut gagnée par la liste conduite par Robert Villenave de deux cents voix c'est dire si notre présence a permis de faire barrage à la liste conduite par Jean Espilondo (en 1995 la liste abertzale obtint 1260 voix)…


Après 6 années dans les affaires municipales et à la Communauté d'Agglomération, quel bilan tirez-vous ?
Nous avons cité ci-dessus les réalisations du programme pacté avec le bémol sur la faible présence de l'euskara dans le bulletin municipal. Cependant nous avons avancé sur d'autres domaines grâce notamment à l'action de Monique Lamothe, conseillère municipale d'Angeluzain (chargée des identités et de l'animation culturelle) et au dynamisme des acteurs culturels angloys, en assurant la présence de l'euskara dans le programme des Fêtes d'Anglet. Aujourd'hui la soirée phare des fêtes d'Anglet est organisée par Ibaialde. Ceci n'était pas prévu dans les négociations initiales. Cette dernière fait également un travail remarquable qui permet de faire vivre avec succès le pacte d'amitié signé avec Getxo (échange d'associations sportives : rugby, pelote, natation,... et  culturelles) etc.
Cette mandature actuelle a montré que les abertzale à Anglet étaient en capacité de travailler dans la gestion municipale tout en donnant une bonne image d'eux-mêmes à l'administration et aux citoyens.


(Suite  la semaine prochaine)

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