Porter les valeurs abertzale dans le monde du travail
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par Gilles Parot
Militant abertzale et délégué du personnel CFDT, deux engagements complémentaires
Quand on a des aspirations au niveau de son identité nationale et/ou dans son milieu de travail… il me semble difficile, surtout quand on a un souci de cohérence, de rester spectateur et de ne pas s'engager.
Abertzale
Mon premier engagement est lié au monde abertzale. L'engagement abertzale est pour moi un tout, partant de la militance pour un parti à la participation dans les listes électorales. Dès 1992 j'ai été candidat dans la liste abertzale des régionales et j'ai aussi participé aux listes municipales abertzale de Bayonne. Pour moi l'aber-tzalisme doit être relié à ce type d'implication.
Ainsi je vis l'abertzalisme de façon publique et je suis aussi impliqué au niveau culturel et associatif (comme Président du Collège Xalbador ou en participant à Baionan Kantuz). Cela fait que les collègues de travail savent que je porte en moi ces valeurs liées au Pays Basque.
D'autre part, presque tous les collègues de travail de la Banque de France ne se considèrent pas basques… cependant, lors de conflits de travail remettant en question le maintien de l'antenne locale ils ont tous manifesté leur volonté de rester ici...
On a pu voir qu'ils étaient plus réceptifs à certains arguments abertzale, et notamment à la thématique d’abertzale de gauche que j’ai l’occasion de développer dans le milieu du travail.
Syndicaliste
Le fait que je travaille à la Banque de France, une institution française ayant peu de relais locaux, et ayant surtout des revendications spécifiques à la structure, rend la problématique abertzale ou identitaire quasiment absente. En réalité, mon milieu de travail a une problématique qui est déconnectée à la spécificité basque : nous dépendons de l'antenne de Bordeaux.
Cependant, lorsque nous avons dû défendre le maintien de l'antenne locale de la Banque de France (contre la centralisation des services à Pau), les arguments sur le volume spécifique de la Côte Basque et en fait sur la bi-polarité du département ont très vite été utilisés par les 35 collègues qui n'avaient pas de sentiment d'appartenance forte au Pays Basque jusque là.
Ce genre de situation laisse entrevoir qu'il y a des projets à mener dans le monde du travail : comment renforcer la présence du basque dans les signalisations internes à l'entreprise et surtout vis-à-vis du public.
Ayant été élu délégué du personnel suppléant, j'ai eu l'occasion d'amener les arguments concernant la bi-polarité du département auprès de grands élus (Lamassoure et Grenet). Je dois reconnaître qu'être syndicaliste et représentant des employés permet à tout militant d'avoir plus d'écoute au moment de prendre ce genre de rendez-vous.
A l'époque, je ne me suis pas syndiqué dès mon entrée dans le monde du travail, c'est quand j'ai pris de plus en plus conscience de la notion de structure, des enjeux et menaces liées à certaines organisations, que j'ai décidé de devenir acteur et d'aller un peu plus loin en me syndiquant.
J'ai été attiré par la CFDT qui abordait les problèmes liés au monde du travail de façon intéressante et qui avait au niveau de la branche Pays Basque une approche de la question basque tout a fait acceptable pour un abertzale. D'ailleurs, lors de la création de LAB la CFDT a eu une attitude relativement plus ouverte sur cet évènement.
Mais encore une fois, compte tenu du milieu de travail dans lequel je me trouve (antenne locale d'une institution française), je ne souhaite pas y exister uniquement en tant qu'abertzale. Je veux exister syndicalement dans l'entreprise… ce qui au niveau de mon entreprise n'est pas possible via un syndicat abertzale. Via la CFDT j'ai pu être élu et agir dans les lieux de décision tout en assumant publiquement les valeurs abertzale auxquelles je tiens. Un engagement dans un syndicat abertzale aurait eu une valeur symbolique, mais dans l'état actuel des choses, pas beaucoup de sens pour mes collègues de travail.
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