“Leurs crises, nos solutions...”

Publié le par Alda

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Susan george, Présidente du Conseil du Transnational Institute (TNI) et Presidente d’honneur d’Attac - France


L’humanité devra s’adapter
aux nouvelles contraintes écologiques et sociales,

et les créations d’emplois seront liées à cette adaptation.

 

Susan George, marraine du village Alternatiba de Bayonne, est une des personnalités les plus marquantes de l’altermondialisme. Connue pour son inlassable combat contre la dette du Tiers-monde elle est l’auteur d’une quinzaine de livres dont le dernier a pour titre “Leurs crises, nos solutions...”

Voici son interview à quelques jours de la conférence qu’elle donnera le dimanche 10 octobre à 11h30 au Salon Elkar à Bayonne, dans le cadre du 10-10-10, au Village Alternatiba, organisé par Bizi!

La crise est souvent présentée comme une fatalité qui doit être combattue en remettant en cause les acquis sociaux et/ou les mesures de protection écologique (voir le cas de la taxe carbone) pour ne pas pénaliser la compétitivité des entreprises nécessaire au maintien des emplois. Comment définissez-vous la crise dans votre dernier livre "Leurs crises, nos solutions" ?
La crise actuelle est  globale. De façon concomitante nous avons avec cette crise présentée comme financière, une crise de l’accès à la nourriture et à l’eau, les conflits découlants du changement climatique, une crise de partage de richesse c’est à dire de la pauvreté et de l’inégalité....
Même si on entend souvent que la crise financière était imprévisible et liée à des erreurs incontrôlables de certains acteurs, ses causes sont bien connues. Ce sont toutes les mesures néo-libérales prises ces dernières décennies :  la déreglementation, la destruction de tous les outils de régulation, le transfert de valeurs vers les  plus riches, la spéculation débridée, etc.
Présentées comme des solutions (afin d’assurer l’emploi, la croissance, les bienfaits de la mondialisation permettant des économies d’échelle, etc.) ces “remèdes” ne sont que les causes de cette crise globale, qui n’a plus de garde fou pour l’arrêter.
Des chercheurs de la banque d’Angleterre nous disent d’ailleurs que les citoyens du monde ont payé 14 000 milliards dollars pour aider les banques... C’est comme si pendant 450 000 ans on versait un dollar à chaque seconde aux banques. Certes, quelques banques ont remboursé les gouvernements... mais après la course catastrophique aux subprimes (prêts hypothécaires à des millions de ménages américains sans capacité d’endettement) pour laquelle les Etats ont dû intervenir en pompier, ces mêmes banques s’engouffrent maintenant dans les dettes de ces Etats sur-endettées à cause de leur intervention liée aux subprimes ! Ainsi, les Etats se retrouvent maintenant dans l’obligation d’appliquer les recettes classiques, et vouées à l’échec,  de réduction des services publics, des salaires, des retraites, etc.

Le maintien de l'emploi à court terme semble toujours prendre le dessus sur les mesures à prendre pour lutter contre la crise écologique. Comment considérez-vous cela dans "nos solutions" ?
La lutte contre le changement climatique est prioritaire ! En effet, si le réchauffement dépasse des seuils critiques on sera victime de l’emballement climatique généralisé auquel l’humanité n’aura pas le temps de s’adapter.
Cette lutte représente une mine d’opportunités.
C’est un vivier d’emplois demandant des compétences nouvelles. C’est une source de nouveaux projets pour l’Europe qui pourra y trouver d’énormes avantages et une certaine sécurité au niveau de l’alimentation et de la santé.
De son côté la France n’a pas pris ce virage et les 38,8 milliards d’euros qui seront injectés pour 2009-2010 dans l’économie dans le cadre du “Plan de Relance” n’ont pas montré que la priorité était de valoriser l’économie verte ou durable (le développement des transports publics fluviaux ou par rail, l’adaptation des voitures aux énergies renouvelables, etc.).
D’autre part, comme on sait que les chinois ne deviendront pas une nation de 1,5 milliard d’écologistes adeptes de la décroissance, il est évident qu’il faut “réduire les flux inutiles dans l’économie”. Cela veut dire “faire deux fois plus avec deux fois moins d’énergie et de matière”. Cela consiste à mieux isoler les habitations pour qu’avec deux fois moins d’énergie on puisse faire bénéficier deux fois plus de foyers !  Dans le domaine de l’automobile, cela fait 40 ans que ce concept est mis en pratique sur des prototypes entièrement recyclable. En fait, de nombreuses alternatives existent mais sont victimes de la logique des 30 dernières années. On continue à détaxer les riches, on a continué à transférer toujours plus de valeur ajoutée au capital en diminuant la part des salariés, on n’a pas investi dans l’éducation de la population. On atteind une concentration de richesses jamais vue depuis 1929 qui actuellement est symbolisée par la classe de Davos (une petite élite adepte du néolibéralisme détenant le pouvoir économique, administratif voir politique et se réunissant chaque janvier dans la station d’hiver suisse de Davos).
Alors que les paradis fiscaux cachent 250 milliards d’impôts chaque année, on nous dit qu’il n’y a pas de moyens d’investir pour donner une chance à l’alternative au néo-libéralisme.
La lutte contre la crise écologique est limitée car on ne cherche pas l’argent dans les profits des banques, les paradis fiscaux, les revenus les plus importants, dans la régulation des entreprises trans-nationales qui ne paient pas leur part d’impôt. Ces dernières usent et abusent des techniques permettant de déclarer des bénéfices dans les pays à la fiscalité inexistante et les pertes dans les pays imposant les entreprises.

Vous participerez au Village Alternatiba de Bayonne dans le cadre de la journée mondiale 10-10-10 contre le changement climatique. Quelle importance apportez-vous à cette journée internationale et à la mobilisation locale ?
Sur le plan international, on a malheureusement trop de journées mondiales. Je participe au World Food Day du 16 octobre depuis plus de 20 ans.
Il faudrait que tous les jours soient les jours de la lutte contre la faim, contre le changement du climat, etc.  Au niveau de la symbolique il faut ajouter le plan des politiques publiques budgétaires ! 
Quand vous voyez qu’en France, pour 2011,  le budget environnement  est en recul de  4,3%... le chemin à parcourir reste long.
Au niveau local, Alternatiba, le village écologique, tracera un beau chemin vers le futur que l’on peut emprunter tous ensemble !
Pourquoi pas prolonger l’initative du 10-10-10 à Bayonne en allant vers la mise en place d’une nouvelle Ville en Transition ?
Il y en a plus de 350 dans le monde !
Ce sont partout des initiatives pour que les villes en collaboration avec leurs citoyens deviennent entièrement écologiques. Les actions prennent des formes très concrètes via l’organisation des comités sur les potagers bios, la réduction de consommations inutiles, la reprise en main du contrôle de l’eau.
 La mobilisation comme celle d’Alternatiba est très importante pour montrer que l’alternative existe, qu’elle est à portée de main. Cette journée aussi doit servir à montrer que le fait de ne pas prendre en compte la question écologique et sociale n’est pas une erreur sur le plan moral, mais sur le plan politique et économique. Qu’on le veuille ou non, l’humanité devra s’adapter à ces nouvelles contraintes et les créations d’emploi seront liées à cette adaptation !
Mais l’expérience montre que pour que l’alternative soit mise en pratique, ce n’est pas qu’une question de “raison”.... il faut qu’il y ait un rapport de forces suffisant, que la population exige l’alternative.
Cette exigence pouvant même prendre la forme de désobéissance civile. 
Sachons pour l’avenir créer des alliances, groupes pluriels (syndicats, mouvements sociaux, environnementalistes, éducation populaire, etc.) capable de faire gagner l’alternative !

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