La vie n’est pas une marchandise

Publié le par Alda

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Michel Joli, Secrétaire général DE LA Fondation France libertés Danielle Mitterrand


“La perversité du capitalisme  se retourne contre lui-même

dans ce télescopage entre le monde virtuel et sans limite de la finance,

et, le monde de la vie naturelle limité dans le temps et dans l’espace”




5 ans de lutte pour EHLG et pour le respect de la liberté d’association ont permis de recevoir le soutien de nombreuses personnalités et d’organismes d’ici et d’ailleurs. Michel Joli, venu apporter le soutien de la Fondation France Libertés à EHLG lors du Procès en appel de Pau a été interviewé par Alda! .
L’importance des champs d’intervention de la Fondation France Liberté, illustre la valeur des soutiens reçus par EHLG.

  
France Libertés en quelques mots...
Michel Joli : France Libertés est une Fondation reconnue d’utilité publique créée il y a bientôt 25 ans par Madame Danielle Mitterrand.
Dès l’origine la Fondation s’est assigné pour but la promotion des droits de l’homme en apportant son assistance aux peuples autochtones, aux minorités persécutées et aux «sans voix», par le témoignage, le plaidoyer et la participation matérielle à des projets de développement économique, social et culturel porteurs de liberté, de reconnaissance sociale, et de dignité.

 

Vous attachez une grande importance aux "biens communs de l'humanité"...
Michel Joli :
Pour la Fondation ce qui compte c’est la défense des biens communs de l’humanité c'est-à-dire des biens vitaux qu’elle prélève dans son environnement naturel.  Faire des biens communs de l’humanité un commerce c’est négocier le droit de vivre, ce qui n’est pas acceptable.
Le vivant résulte d’une conjonction extraordinaire des quatre éléments principaux : la terre, l’eau, l’air et le feu de l’énergie du soleil avec pour maître d’œuvre  le temps,  cinquième élément  indispensable aux multiples rencontres élémentaires nécessaires à l’émergence de la vie et à sa diversité.
L’intelligence de l’homme est, en quelque sorte le sixième élément capable d’accélérer le temps et de transformer le monde naturel pour en faire son royaume.
Fallait-il pour autant l’asservir et organiser sans états d’âme le pillage des ressources de la nature  comme si celle-ci avait la capacité de se renouveler au rythme des prélèvements ?
Protéger les biens communs de l’humanité c’est mettre l’intelligence de l’homme au service de la vie, sous toutes ses formes, en protégeant ses sources et sa diversité.  

Cette protection est incompatible avec le système économique capitaliste que vous présentez comme "se fissurant et se détruisant par lui-même, victime de sa démesure totalitaire et de son mépris pour les valeurs humaines non marchandes"...

Michel Joli : La nouvelle crise qui s’annonce montre bien à quel point les valeurs humaines sont méprisées par un capitalisme prédateur qui s’acharne sur les plus faibles et tire profit de tout, y compris de la souffrance et de la pauvreté.
Mais aujourd’hui la  perversité du capitalisme  se retourne contre lui-même dans ce télescopage entre le monde virtuel et sans limite de la finance qui spécule sur tout comme des joueurs obsessionnels et le monde de la vie naturelle limité dans le temps et dans l’espace par sa propre réalité.


C’est dans ce cadre précis que s’inscrit votre campagne en faveur de l’eau...
Michel Joli : Notre engagement en faveur de l’eau est à la fois concret et symbolique.
Pour nous, nul de peut tirer profit d’un élément essentiel à la vie.
Priver une population d’eau potable est un acte criminel.
Nous ne contestons pas, bien sûr que l’accès à l’eau ait un coût et que celui-ci, dans certains pays soit très élevé.
Nous contestons simplement que ce coût soit établi par les entreprises «marchands d’eau» sans égard pour la capacité économique des plus pauvres.
Pour que cette capacité soit effectivement prise en compte en toute justice, la gestion de l’eau, c'est-à-dire les infrastructures, la qualité et la quantité de l’eau, le coût du service,…  doit être assurée par la puissance publique et relation étroite avec les populations concernées. 
La gestion de l’eau est un acte politique qui concerne la vie de la cité, et non un acte commercial permettant l’enrichissement de certains.
Les vraies richesses, ce qui conditionne la vie, ce qui conditionne le bonheur, ce qui donne la dignité et inspire le respect, ne doivent rien au commerce.
C’est ce que nous voulons dire quand, avec les alter-mondialistes, nous proclamons que la vie n’est pas une marchandise.
Ces richesses sont pour la plus part immatérielles et non mesurables et, de ce fait, comptent bien peu dans l’économie d’un pays.
Quelle est la part du bonheur dans le PIB ? En même temps, cela est heureux car si le bonheur était quantifiable, il serait vite mis en vente dans les super- marchés !
Et puis, le bonheur d’ici n’est pas celui de là-bas, ici la pluie, là-bas le soleil, ici l’abondance, là-bas les pénuries de toutes sortes… mais il est un bonheur universel, c’est celui d’appartenir à un peuple, de partager une culture, de grandir sur un territoire, d’être identifié par les autres, de disposer d’un rôle social, le bonheur de ne pas être anonyme...
Le bonheur d’être à la fois citoyen du monde, humain parmi les humains, et enraciné quelque part, avec des proches qui ont du monde la même représentation que soi.
Pour moi, la combinaison de ces deux appartenances est le fondement même de l’humanisme. Je ne crois pas à un internationalisme idéal et béat qui ne ferait pas la place à la diversité des paysages, des histoires, des climats et des peuples. Je ne crois pas non plus à un nationalisme réducteur, méprisant et dominateur qui oppose à l’éternelle diversité humaine un archétype de civilisation triomphant et fugace.

Vous représentez les peuples «sans voix» grâce à un statut consultatif à l’ONU qui permet de plaider régulièrement en leur faveur. En quoi cela consiste-t-il ? 

Michel Joli : Il est rare que nous plaidions nous-mêmes à la commission des droits de l’homme des Nations-Unies mais il est fréquent que nous cédions notre temps de parole et notre siège à ceux qui n’y sont pas représentés : ces peuples autochtones que le monde ignore car ils forment nations sans être souverains.
C’est pourquoi la Fondation, préfère parler des autres que d’elle-même, prêter sa voix à ceux qui, sous la contrainte, restent silencieux.

Pour finir, un mot sur votre soutien à EHLG...
Michel Joli : Ce qui m’a conduit à soutenir la cause de cette «chambre d’agriculture alternative» c’est justement parce qu’elle est alternative et soutient une agriculture économiquement raisonnée qui réunit qualité, proximité, dignité et liberté.
Il est indispensable de généraliser ces expériences humanistes, même si, pour cela, il faut aller au tribunal. 
France Libertés était heureuse d’être à vos côtés ce jour-là.     

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