L'expérience de la monnaie locale L'abeille"

Publié le par Alda

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Françoise Lenoble, une des fondatrices et animatrices de l'Abeille, monnaie locale créée en janvier 2010 sur Villeneuve-sur-Lot. Un an plus tard, 44 entreprises, commerces et producteurs locaux utilisent l'Abeille, monnaie permettant de relocaliser et réorienter une partie de la production et de la consommation.

 

 

 « AGIR pour le VIVANT », association loi 1901 a été créée en 2008 à Villeneuve sur Lot (47) par un groupe de personnes engagées depuis longtemps dans le domaine de l’écologie. Elle s’est donnée comme finalité la défense et la protection de la biodiversité dont l’humain est une des composantes. Conférences, projections-débats, sont régulièrement organisées pour informer le public sur les solutions à mettre en œuvre dans un objectif de résilience locale.

Nous sommes à une époque où les dysfonctionnements de notre société sont révélés au grand jour par les moyens de communication à la portée de tous. Revoir nos choix de production, consommation, déplacements, s’impose à nous de par la fin des carburants fossiles bon marché et l’épuisement des ressources naturelles. Rapidement, notre groupe prend conscience que cela passera entre autres par la mise en place d’une monnaie locale complémentaire (MLC)

 

Qu’est-ce qu’une monnaie complémentaire ?

Une MLC est une monnaie non soutenue par un gouvernement national et destinée à n’être échangée que dans une zone restreinte. Elle circule entre un groupe de personnes ayant un objectif commun.

Les monnaies de ce type prennent de nombreuses formes, aussi bien matérielles que virtuelles.

 

Pourquoi une nouvelle monnaie ?

Il nous apparaît inconcevable que la monnaie, moyen d’échange créé pour pallier les effets limités du troc, soit devenue objet de spéculation pour certains, rare pour beaucoup alors que nous croulons sous les productions de tous genres.

La réflexion sur la monnaie engagée au sein de notre groupe en 2008 se poursuit en 2009. Et c’est ainsi que nous découvrons que de nombreuses MLC existent un peu partout dans le monde. Près de chez nous en Allemagne pas moins de trente sont en fonctionnement, d’autres en préparation. La plus importante, le Chiemgauer en Bavière, regroupe 600 entreprises. En Angleterre, plusieurs villes en Transition comme Totnes, Stroud, Brixton, créent elles-aussi leur monnaie Par ailleurs, nous apprenons qu’en France la dernière qui connut un véritable succès fut celle de Lignières en Berry (1956) précédée de diverses monnaies pendant les années de crise qui suivirent la 1ère guerre mondiale, très souvent appelées monnaies de nécessité . Divers ouvrages, films, rencontres alimentent ainsi notre réflexion et nous permettent de comprendre l’intérêt de cet outil. Au printemps 2009, nous décidons de passer au stade de l’expérimentation en lançant l’Abeille.

Cette monnaie doit permettre de :

  • redynamiser l’économie locale,
  • favoriser une consommation responsable, éthique et écologique,
  • Limiter les transports en favorisant les circuits courts,
  • réduire l’empreinte écologique,
  • éviter la spéculation et l’enrichissement personnel,
  • recréer du lien social et de la solidarité,
  • soutenir des projets locaux éthiques.

 

Comment ça marche?

Tous les acteurs s’engagent par adhésion à l’association, signature de la charte et, en plus pour les professionnels adhérents, par la signature d'une entente. Dès lors, les particuliers peuvent acheter des bons d'achat en monnaie locale (1€ = 1 unité de MLC). Ces bons de 1, 2, 5, 10 et 20 Abeilles sont acceptés par les professionnels adhérents (producteurs, artisans, commerçants..). Les euros convertis en monnaie locale constituent un fonds de garantie placé dans une banque éthique (la NEF). Si besoin est, les professionnels (et eux seuls) peuvent demander la reconversion de leur éventuel surplus de MLC en euros. Une commission de 2%  leur est demandée.

Nous appuyant sur les travaux de Silvio Gesell et les expériences concluantes de la monnaie Chiemgauer (Bavière), Lignières en Berry, Wörgl (Autriche 1932), nous avons opté pour le principe de la fonte (démurrage) afin de dynamiser les échanges. Tous les six mois, une vignette correspondant à 2% de la valeur faciale du coupon doit être apposée au verso.

De 9 prestataires durant l’été 2009, nous sommes passés à 19 le jour du lancement officiel fin janvier 2010 et 44 actuellement. La diversité des services proposés permet à ceux qui le souhaitent d’utiliser fréquemment cette monnaie.

 

Obstacles rencontrés

Notre génération et la précédente n’ayant jamais entendu parler de monnaie locale et de surcroît  « fondante », inutile de dire qu’aux yeux de certains nous passions pour de doux rêveurs, mais que d’autres ont vu d’emblée l’intérêt que cela pouvait représenter pour la communauté.

Eveiller les consciences à un autre rapport à la monnaie, une autre utilisation, requiert patience et pédagogie. Nous essayons d’être présents sur le terrain le plus possible.

 

Conséquences

Relayée par les médias dès janvier 2010, cette expérience a suscité curiosité, mais aussi intérêt. Depuis, d’autres groupes répartis sur le territoire national travaillent à l’élaboration de leur propre MLC.

2011 verra naître plusieurs monnaies en France, la plupart s’appuyant sur le modèle de l’Abeille.

Localement, les conséquences positives se font également sentir :

*d’une part, nous avons maintenant la reconnaissance des élus locaux avec lesquels nous étudions le moyen d’utiliser la MLC pour le paiement de services municipaux,

*d’autre part, des consommateurs s’approvisionnent auprès des entreprises du réseau, ce qu’ils ne faisaient pas auparavant,

*certaines entreprises s’approvisionnent auprès de producteurs locaux et donc favorisent les circuits on ne peut plus courts,

 

Conclusion

Un an après le lancement officiel, si nous constatons que de nombreux citoyens ont pris connaissance de l’existence de l’Abeille et à travers elle du concept des MLC, il n’en demeure pas moins que, pour beaucoup, passer de la prise de conscience à l’action demandera encore du temps.

Nos projets d’avenir sont :

  • dynamiser le réseau en augmentant professionnels et consommateurs,
  • pouvoir utiliser une partie du fonds de garantie sous forme de prêts pour des projets locaux éthiques.

Comment atteindre ces objectifs?

Ce n’est que grâce à un groupe engagé et disponible au sein de l’association que nous pourrons atteindre ces objectifs, voire par l’embauche d’une personne salariée complétant l’équipe.

 

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