EHLG : l’Etat jette l’éponge

Publié le par Alda


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par Txetx Etcheverry


Leçons à chaud d'une belle victoire


Ce mercredi 12 mai, quand j'ai appris que l'Etat renonçait finalement à se pourvoir en cassation dans l'affaire Laboran-tza Ganbara, et que par conséquence la légalité d'EHLG était définitivement acquise, j'ai ressenti une joie plus intense que le jeudi précédant, en entendant le juge de la Cour d'Appel de Pau confirmer la décision de relaxe prononcée le 26 mars 2009 par le Tribunal de Bayonne.
Après avoir convaincu deux tribunaux du bien fondé de ses arguments, EHLG réussissait quelque chose d'encore plus fort : faire reculer l'Etat, pour la première fois depuis plus de 5 ans, lui faire jeter l'éponge.


La victoire était cette fois globale, politique, stratégique.
L'Etat aurait pu se maintenir dans la même logique qui a guidé son appel contre la première relaxe : maintenir une pression et continuer d'imposer une situation de tension destabilisante à Laborantza Ganbara, en espérant la pousser ainsi à la faute, en tentant d'affaiblir sa position.
Un pourvoi en cassation prolongeait cette situation pendant un ou deux ans, et au vu de l'attitude de l'Etat ces dernières semaines (pourvoi en Conseil d'Etat dans l'affaire des donateurs d'EHLG, référé contre la commune de Saint Pée sur Nivelle, attaque contre la subvention du Conseil Général devant le Tribunal administratif...), on pouvait largement s'y attendre.
Mais ce n'aura finalement pas été le cas, ce qui signifie que l'Etat a renoncé à entamer une troisième manche, une troisième bataille.
C'est que la deuxième, contrairement à ses espoirs, n'avait pas affaibli EHLG, n'avait amoindri aucun de ses soutiens, bien au contraire.
 La solidarité s'était élargie, la capacité de mobilisation restait intacte, les alliés plus nombreux. Par contre, le camp des soutiens à la ligne de l'Etat avait fondu comme glace au soleil, le coût politique était chaque jour plus important et l'attitude de l'Etat le poussait chaque fois d'avantage à la faute jusqu'à devoir attaquer au Tribunal administratif un président de Conseil Général appartenant à l'UMP !
Bref, EHLG avait gagné la bataille de l'opinion publique, élément décisif qui allait entraîner la victoire globale, celle qui a provoqué ce recul inespéré de l'Etat.

Quelques leçons à chaud

La bataille d'EHLG restera un cas d'école, un exemple d'où il convient de tirer de sérieuses conclusions stratégiques pour nos diverses batailles et projets. En attendant de se livrer à cet exercice avec le temps et l'attention nécessaires, voici déjà quelques leçons à chaud d'une belle victoire :
*une lutte menée par des moyens exclusivement pacifiques, non-violents a réussi à faire reculer l'Etat dans un bras de fer dans lequel il avait pourtant engagé toutes ses forces et sa crédibilité ;
*la bataille de l'opinion publique, celle du renforcement croissant des soutiens et des alliances a pu être ga-gnée de par le caractère non-violent assumé, revendiqué de la lutte d'EHLG, mais également par la qualité de l'équipe dirigeante de la structure, les paysans du bureau d'EHLG, et bien évidemment de leur président qui se retrouvait au coeur de la mise en accusation Michel Berhocoirigoin.
L'estime et le respect que suscitent leurs personnes et la qualité de leur travail, dans des secteurs très larges de la société, a été un atout décisif pour cette bataille ;
*autant l'Etat a commis plusieurs erreurs stratégiques de taille au cours de ces cinq années, autant EHLG  a pris à chaque moment les bonnes décisions et réalisé les bonnes synthèses : bonne stratégie juridique (par exemple défense juridique basée sur le principe que plus un procès est politique et plus la défense doit être juridique et technique, etc.), bon timing des deux campagnes, la première longue et la seconde au contraire très resserrée dans le temps, les deux sur des thématiques différentes et adaptées à chaque moment de la bataille (bataille pour la relaxe dans un premier temps, contre le harcèlement dans un second), type de mobilisations, ancrées localement, permettant des alliances très larges, mobilisant les élus et la société civile, écho et soutiens obtenus hors du Pays Basque, diversité des registres touchés (de l'humour activiste à l'argumentaire technique voire austère, attention donnée tant au monde paysan qu'au reste de la société), etc.
*enfin, la bataille de l'opinion publique a pu être gagnée grâce à la valeur intrinsèque du projet Euskal Herriko Laborantza Ganbara, son caractère spécifique et original.
EHLG est en résumé ce que les théoriciens de la non-violence dési-gnent sous le nom de "Programme constructif".

Le programme constructif
Jean-Marie Muller le décrivait ainsi dans son remarquable ouvrage "Stratégie de la non-violence" : "Le programme constructif consiste à organiser, parallèlement aux institutions et structures que l'on conteste et avec lesquelles on refuse de coopérer, des institutions et des structures qui permettent d'apporter une solution constructive aux problèmes posés. Il s'agit de mettre en place les bases concrètes de la nouvelle société, fondées sur la justice et la solidarité, pour laquelle la lutte a été entreprise. La réalisation du programme constructif doit permettre à ceux qui jusque là ont été maintenus dans une situation de mineurs à l'intérieur des structures économiques et politiques, de prendre en charge leur propre destin et de participer directement à la gestion des affaires qui les concernent. Ainsi la stratégie de l'action non-violente (...) n'attend pas la prise du pouvoir politique pour commencer à mettre en oeuvre les changements économiques et sociaux nécessaires. (...)
La réalisation du programme constructif permet que se mobilisent de nombreuses personnes qui ne sont pas prêtes à s'engager dans l'action directe. Lorsque celle-ci est suspendue, elle permet au mouvement de maintenir sa cohésion et son dynamisme tout en laissant aux militants le temps de reprendre souffle après les tensions nées de l'affrontement direct avec l'adversaire. (...)
La revendication et la demande doivent s'exprimer en s'appuyant sur un acte qui réalise les vertus et les qualités qui manquent à ce que nous contestons et constituer ainsi, sinon une solution, du moins une contribution positive à la recherche d'une solution (...)
Ainsi le programme constructif permet-il à l'action non-violente de dépasser les aspects négatifs qui caractérisent la contestation, la résistance et la non-coopération. Par lui, un mouvement non-violent ne tient plus seulement sa consistance de ce à quoi il s'oppose, mais aussi de ce qu'il propose et réalise."
En quelques lignes, nous voyons ici admirablement résumées les atouts intrinsèques du projet Euskal Herriko Laborantza Ganbara, qui expliquent pourquoi il s'agit là d'une lutte qui peut s'inscrire dans la durée, qui permet une large participation et implication, en même temps que des alliances et soutiens des plus divers, qui permet d'aller chaque fois plus loin vers l'objectif recherché. Nous comprenons également en quoi ce style de logique est particulièrement bien adaptée au logiciel abertzale, qui n'attend pas la prise du pouvoir politique pour commencer à construire l'alternative nécessaire.

Quelle stratégie pour les décennies à venir
C'est en cela que l'exemple d'Euskal Herriko Laborantza Ganbara interpelle tous(tes) les abertzale des sept provinces, et pas seulement ceux d'Iparralde, quand à nos reflexions stratégiques sur l'évolution et l'avenir de notre lutte. Et je n'ai pas pu m'empêcher, ce mercredi 12 mai, tout en savourant cette belle victoire de Laborantza Ganbara, de me demander avec une certaine tristesse, où en serait Udalbiltza, quel chemin aurait parcouru cette première institution nationale représentant le Zazpiak Bat, composée par les élus municipaux des sept provinces, dix ans plus tard si le processus de Lizarra-Garazi n'avait pas été brutalement stoppé un 28 novembre 1999.
Il ne s'agit pas en se posant cette question de ressasser des souvenirs douloureux et polémiques, mais de réflechir à la stratégie abertzale des décennies à venir. Euskal Herriko Laborantza Ganbara est un apport vivant et riche d'enseignements à une telle réflexion stratégique.

Txetx Etcheverry
txetx@wanadoo.fr


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