Abertzalea eta ezkertiarra / Abertzale et de gauche

Publié le par Alda

Pierre-Ruscassie1.jpg

Pierre Ruscassie

 

«Bascophone», «basque», «abertzale», «de gauche»…



Devinette : de ces quatre caractérisations, une est un état objectif, plus ou moins bien assuré, et les trois autres sont des identités subjectives, plus ou moins fortement assumées, comme on le verra dans le dialogue (imaginaire) ci-dessous, noué entre quelques spectateurs d'une pastorale. 
 

 

Zbigniew : Bonjour, je suis impatient de découvrir ce spectacle. Je suis polonais et francophone, venu visiter le Pays basque. Un pays qui, je crois, s'est trouvé autant occupé et divisé que le mien et qui a survécu à toutes ces déchirures. Et vous, êtes-vous d'ici ? Parlez-vous la langue basque ?


Mari : Oui, je suis euskaldun, bascophone. Je suis basque et sensible à l'histoire de votre pays tiraillé entre la Prusse et l'Empire tsariste parce que, dans l'histoire de la Pologne, je reconnais le déni d'existence qu'a subi aussi le Pays basque. C'est d'ailleurs pourquoi je suis abertzale.


Zbigniew : Est-ce que «abertzale» signifie «basque» ou signifie «nationaliste» ? Est-ce une identité nationale ou une identité politique ?


Eztitxu : Ça ne signifie ni l'un ni l'autre, ça signifie «patriote». C'est une identité politique.


Zbigniew : «Nationaliste» est aussi une identité politique…


Mari : Mais, il s’agit d’une politique de «préférence nationale». Alors que nous défendons l’égalité des droits, quelle que soit la nationalité : nous défendons notamment nos droits, bafoués parce que notre nationalité n’est pas reconnue.


Jean-Noël : Toutefois, le nationalisme des opprimés ne peut pas être confondu avec le nationalisme de la nation dominante. Le nationalisme affirmé par ceux dont les droits sont bafoués en raison de leur nationalité peut les conduire, devrait les conduire à devenir internationalistes donc défenseurs de l'égalité des droits pour que personne ne soit pénalisé par sa nationalité.


Eztitxu : En étant abertzale, nous sommes internationalistes et non nationalistes.


Zbigniew : Mais, ce que vous définissez comme patriotisme, en revendiquant des droits pour les Basques, n’est-ce pas du communautarisme, c’est-à-dire la défense de droits particuliers pour cette communauté ?


Xabi : Nous revendiquons, par exemple, le droit pour les enfants d’être alphabétisés en basque aussi bien qu’en français, selon le choix des parents, sans que quiconque ne puisse contrôler leurs motivations. Il ne s’agit donc pas d’un droit particulier réservé aux Basques: les deux langues sont offertes au choix. C’est la reconnaissance d’un droit universel que l’existence des ikastola permet d’assurer.


Zbigniew : Mais, des parents pourraient revendiquer ce droit pour une alphabétisation en portugais, en corse, en anglais, en allemand, en japonais… on n’en sort plus !


Mari : Nous pensons que ce droit peut avoir une dimension universelle dès lors qu’il concerne des langues historiquement implantées sur le territoire. Dans la partie du Pays basque qui est sous administration française depuis plusieurs siècles, il s’agit du français et du basque.


Zbigniew : Je suis internationaliste parce que je suis de gauche.


Xabi : Nous aussi nous sommes de gauche! Parce que nous nous sentons concernés par tous les droits individuels qui devraient être respectés pour tous et qui ne le sont pas. Que nous nous sentions basque ou français, basque et français, homme ou femme, travail-leur salarié ou travailleur indépendant, d’une génération ou de celle qui la suit, nous devons bénéficier des mêmes droits.


Jean-Noël : Etre «de gauche» c’est se revendiquer de toutes les valeurs démocratiques. Mais chacun de nous est «de gauche» de façon différente, comme chacun est aber-tzale à sa façon. Par son histoire personnel-le chacun est attaché au respect de certains droits plus qu’à d’autres. Ces identités subjectives ne sont pas figées.


Eztitxu : Etre «de gauche» est une identité politique globale.


Zbigniew : Alors, dites-moi comment chacun et chacune de vous quatre est abertzale et de gauche.

Et vous, lecteurs, êtes-vous abertzale, êtes-vous de gauche ? Et comment ?
Nous publierons vos témoignages…
 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article