Abertzalea eta ezkertiarra / Abertzale et de gauche

Publié le par Alda

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Kristiane Etxaluz

La première fois que ce vénérable journal a publié ma prose, j'écrivais, à propos des cahiers qu'Enbata publiait alors pour la formation de ses militants que c'était «mon petit catéchisme». Les temps ne sont plus, ici, à la théocratie. Cinquante ans après, j'ai envie de répondre par un petit mode d'emploi à la question posée par les jeunes qui ont pris la relève : «Qu'est ce que c'est qu'être abertzale de gauche?»


Les lecteurs sont certainement déjà rompus à la rhétorique de «patrie»(1),  «lutte de classes», «nation», «capitalisme», «socialisme», etc., je leur propose donc de passer directement au débat sur une notice pour l'utilisateur.
 

 

Etre abertzale de gauche est un traitement contre l'oppression, la soumission et l'uniformisation qui consiste, pour les Basques, à conduire leur vie personnelle de façon à résister aux assauts d'assimilation par les Etats voisins -République française et Royaume d'Espagne- et à mettre en oeuvre un processus socio-politique collectif visant à la reconnaissance de leur identité collective par un organe de souveraineté.

Indications
Ce traitement est réservé aux personnes qui placent les notions d'être, de liberté et de justice au sommet de leur échelle de valeurs.  Il est déconseillé à celles qui ne sont pas concernées par ces problématiques et se sentent réalisées dans l'avoir et le paraître.

Posologie
A faible dose, le traitement fonctionne comme un antidote à l'intoxication par l'idéologie dominante, forcément sécrétée par la classe dominante de l'État Nation et du capitalisme international (connu sous le vocable de «mondialisation») et relayée par les moyens de communication de masse.
A dose moyenne et régulière, il permet de renforcer le lien social et de créer des réseaux d'échanges et communication entre les gens, fonctionnant alors comme une hormone de croissance.
A forte dose, c'est un revitalisateur qui exerce un effet multiplicateur des forces physiques, mentales, affectives, intellectuelles des usagers et de leurs proches, donnant lieu au fameux «saut qualitatif» vers plus de liberté et de justice et moins de dépendance à l'égard des puissants.

Effets secondaires
Les effets secondaires sont bien connus et sont toujours issus de la dérégulation sociale entre les abertzale de gauche lorsqu'ils se prennent pour le messie du peuple et leur public qui n'en demande pas tant.  Ils encourent alors le risque de «ghettoïsation», d'autant plus redoutable que soutenu et multiplié par les forces adverses.  L'emballement précoce qui est à l'origine de cette ghettoïsation non désirable pourra être évité en ajustant les tâches que les abertzales se sont assignées aux besoins réels des communautés dans lesquels ils vivent.

Mode de fonctionnement
Pour atteindre leur objectif ultime, il est indispensable que les abertzales de gauche révisent leur évaluation du «rapport des forces» et soient convaincus que leurs propres capacités ne sont pas suffisantes pour changer la société dans le sens désiré.  Ils devront préparer le terrain pour des coalitions avec d'autres forces vives du pays qu'ils trouveront chez :
* les abertzale traditionnels (basques-français et-ou basques-espagnols)
* les gens de gauche non abertzales et néanmoins résolument anticapitalistes.
La pratique de luttes pour des objectifs ponctuels démontre l'efficience de telles coalitions.

Ce traitement n'est pas remboursé par la Sécurité Sociale, il n'est pas fourni par les distributeurs automatiques, il n'est pas non plus donné. 
Pour plus amples renseignements, s'adresser aux laboratoires Xantxana à l’adresse : xantxana@gmail.com


(1) Personnellement, je serais plutôt pour l'actualisation de la traduction du néologisme sabinien, «aberria» à «matrie».

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